Jürgen Conings : un dénouement hasardeux qui soulève des questions

Le corps sans vie de Jürgen Conings a été retrouvé ce dimanche. Si cette découverte apparaît comme un soulagement vu la menace qu'il représentait, elle n’épargnera pas les nombreuses questions que pose encore cette traque inédite.

Un corbillard transportant le corps de Jürgen Conings a été escorté par la police dimanche soir. - BELGA

La chasse à l’homme est terminée. Après un mois de traque intensive, le corps sans vie de Jürgen Conings a été découvert dimanche dans le Dilserbos, à Dilsen-Stokkem. Par hasard. « Nous faisions du VTT avec des amis dans la région et j’étais le dernier du groupe, lorsque j’ai senti une forte odeur de cadavre », a expliqué Johan Tollenaere, bourgmestre de la commune toute proche de Maaseik, à l’origine de la découverte. Il a rapidement songé au militaire d’extrême droite, recherché activement dans la région depuis le 18 mai, avant de prévenir la police.

Plus tôt dans la journée, un chasseur nommé Leonard « Nard » Houben avait flairé la même odeur nauséabonde lors d’une randonnée en mountainbike électrique. Plus téméraire, il est retourné sur place quelques heures plus tard pour vérifier s’il ne s’agissait pas d’une carcasse de gibier. Il est finalement tombé sur le corps de Jürgen Conings, au pied d’un arbre et lourdement armé. Un fusil anti-émeute se trouvait à côté de la dépouille, de même qu’une arme de poing 5.7, une hache et un canif.

« Bien sûr, nous ne devrions jamais être positifs au sujet d’un décès, mais c’est un grand soulagement car cela a eu un impact énorme sur les services de sécurité et notre région », a réagi le bourgmestre Open VLD au micro de VTM.

Johan Tollenaere, bourgmestre de la commune toute proche de Maaseik, à l'origine de la découverte

Johan Tollenaere, bourgmestre de la commune toute proche de Maaseik, à l’origine de la découverte. – BELGA

C’est le soulagement qui prévaut également du côté du virologue Marc Van Ranst, sous protection policière suite aux menaces de Jürgen Conings à son encontre. « Je suis soulagé pour ma famille. Le niveau de menace sera également plus bas maintenant. Mais il ne faut pas oublier qu’il laisse aussi derrière lui une famille et ce sera très difficile pour eux. Je tiens donc également à leur exprimer mes condoléances. »

Jürgen Conings n’est pas mort en martyr

L’autopsie qui sera pratiquée dimanche soir et lundi matin sur le corps du militaire révélera probablement qu’il s’agit d’un suicide par arme à feu, a indiqué le parquet fédéral. « Nous communiquerons lundi après-midi dès que tous les résultats du laboratoire seront disponibles. C’est un drame humain », a déclaré le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw.

Si la mort date de plusieurs jours, au vu de l’état du cadavre, les spécialistes vont devoir également définir plus précisément la date du décès. Mais les proches du militaire émettent déjà quelques doutes quant à la thèse du suicide : pourquoi aurait-il retiré 3.000 euros de son compte pour finalement se donner la mort ?

À une centaine de mètres des fouilles

Au lendemain de cette découverte, une autre question brûle les lèvres: comment se fait-il que des centaines de soldats et de policiers n’ont pas réussi à le trouver plus tôt ? Durant cinq semaines, un important déploiement des forces militaires et de la police était effectivement à l’œuvre pour mettre la main sur le fugitif considéré comme dangereux, principalement dans le parc de Haute-Campine, dans le Limbourg. En fin de compte, l’homme le plus recherché de Belgique a été retrouvé par un bourgmestre amateur de VTT et un chasseur à quelques kilomètres de l’emplacement de son Audi Q5, dans une zone située à 150 mètres du périmètre de recherches.

frederic van leeuw

Frédéric Van Leeuw, procureur fédéral. – BELGA

« C’est comme si on avait cherché un grain de riz sur 20 terrains de football non tondus » a tenté de justifier le procureur fédéral. « Nous avons cherché très longtemps. Pour trouver un corps dans un bois comme celui-là, c’est très compliqué. »

La traque est finie, pas l’enquête

« Ce n’est malheureusement pas l’issue que la Défense espérait. Mes pensées vont d’abord à sa compagne, sa famille et à ses proches qui ont perdu un être qui leur est cher. C’est néanmoins avec un certain soulagement que j’ai accueilli la nouvelle d’un dénouement sans autre victime (que Jürgen Conings lui-même) », a réagi le chef de la Défense, l’Amiral Michel Hofman.

Le chapitre « Conings » n’est pas clos pour autant. L’enquête se poursuit pour comprendre le parcours du fugitif, découvert au 35e jour de sa disparition, et trouver d’éventuels soutiens. Elle devrait également éclairer encore quelques zones d’ombre dans cette affaire, qui a déjà secoué la défense en raison des failles dans la surveillance des personnes radicalisées au sein de l’armée.

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