Port du voile à la Stib : un compromis à la belge

Le gouvernement bruxellois n'ira pas en appel contre la décision de justice condamnant la Stib pour double discrimination, mais l'interdiction de signes convictionnels reste la règle.

Personne n'en sort totalement satisfait. - BELGA

Le gouvernement bruxellois a tranché : la Stib n’ira pas en appel de sa condamnation pour discrimination à l’embauche suite à une plainte portée par une candidate recalée en raison d’un refus d’ôter son hijab. Cela ne veut pas dire pour autant que les signes convictionnels seront largement autorisés dans la société de transports publics.

Les partenaires de la majorité bruxelloise, PS, Ecolo et DéFi, ont trouvé un compromis : la neutralité exclusive reste la règle pour les fonctions d’autorité ou en contact avec le public, mais des dérogations seront possibles pour les autres. Un cadre sera par ailleurs défini pour lutter contre le prosélytisme sur le lieu de travail.

« La volonté du gouvernement bruxellois est de contribuer à la sérénité des débats et des discussions sur une question qui, depuis trop longtemps, est source de difficultés et de tensions dans notre société », a indiqué Rudi Vervoort (PS). « Bruxelles, région ouverte sur le monde, entend démontrer par le débat et par une approche s’adossant sur des principes clairs, que les valeurs primordiales de neutralité du service public sont parfaitement conciliables avec une gestion des ressources humaines dynamique et ouverte, plus inclusive à l’égard des femmes, favorable à l’égalité des genres dans l’accès à l’emploi et proactive dans la féminisation des services publics », a ajouté le ministre-président.

Décision « regrettable »

Au sein de la majorité régionale, la crise est donc évitée, même si le compromis ne résout pas tout. Notamment parce qu’il revient à la direction générale de la Stib de modifier son règlement de travail et donc de définir les dérogations, et qu’un débat sur la question de la neutralité dans les services publics doit être mené au parlement régional.

François De Smet

François De Smet, président de DéFi, n’est pas totalement satisfait. – AFP

L’absence d’appel est une victoire pour Ecolo et le PS bruxellois. Du côté de DéFi, qui menaçait de claquer la porte du gouvernement, on se dit « satisfaits à plus de 70% de l’accord ». « Nous avons obtenu que la neutralité exclusive soit désormais la règle et que, dans le règlement de travail de la Stib, les dérogations ancestrales deviennent les exceptions. La règle générale, c’est donc bien l’interdiction des signes convictionnels », a réagi auprès de nos confrères de La Libre son président François De Smet.

Autre partisan de la neutralité, le MR, dans l’opposition à Bruxelles, n’a pas caché son mécontentement. Son président Georges-Louis Bouchez estime que « le communautarisme a gagné au PS et chez Ecolo avec la complicité de DéFi malgré ses engagements ». « La neutralité de l’Etat est attaquée par ceux qui pensent plus aux élections qu’à l’intérêt général. » Un appel aurait en effet pris du temps, risquant un retour du sujet sur la table médiatique en pleine campagne électorale, début 2024. Moins virulent, le cdH bruxellois qualifie la décision de « regrettable » et juge que le renvoi du débat au Parlement est un « aveu de faiblesse » de la part du gouvernement régional.

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