Quand le protocole de la rencontre Biden-Poutine tourne au casse-tête

Genève a dû prêter attention au moindre détail pour éviter l’incident diplomatique lors de cette rencontre sous haute tension.

Joe Biden et Vladimir Poutine dans la bibliothèque de la Villa La Grange, à Genève, le 16 juin 2021 @BelgaImage

Ce mercredi, les présidents américain et russe arrivent à Genève, dans le splendide cadre du lac Léman. C’est là que l’avenir des relations entre les deux pays pourrait se décider et il faut que tout soit parfait. Et quand on dit «tout», c’est «tout»… Du choix des plantes à la répartition des pièces accordées à telle ou telle délégation en passant par un joyeux bal d’avions dans le ciel suisse, les deux chefs d’État donnent du fil à retordre aux Genevois.

Des fleurs mais pas n’importe lesquelles

En premier lieu, il faut s’occuper de la Villa La Grange, une splendide maison de maître du XVIIIe siècle qui possède le plus grand jardin de Genève. Tout doit être remis à neuf: dorures, moulures, etc. Les lions de pierre sont passés au Kärcher et pour la petite touche romantique, des fleurs, beaucoup de fleurs. Une personne est même spécialement formée pour cela, la fleuriste du protocole de Genève.

A priori, la commande est assez simple: des plantes aux couleurs des deux pays invités qui, par chance, sont les mêmes (bleu, rouge, blanc). Mais voilà, problème: quelques heures avant le jour J, les délégations ont décrété qu’il était plus approprié de choisir des couleurs plus légères, à savoir le blanc et le vert, qui représentent la neutralité et la discrétion. 

Sauf que pour les fleuristes, le défi est dantesque. Les délégations refusent les fleurs locales habituellement utilisées, jugées pas assez adaptées à la situation. Il a donc fallu importer d’urgence des plantes venues de France et des Pays-Bas. Et malheur à celui qui choisit des fleurs odorantes qui pourraient perturber la rencontre! En quelques heures, les élèves du centre horticole de Genève ont été sollicités pour que tout soit prêt dans les temps. Heureusement, mission accomplie, tout est en place.

Le bazar sur terre et dans les airs

Puis arrive le moment tant attendu. Les avions américains et russes arrivent à proximité de Genève. Et quand Joe Biden s’approche à bord de son Air Force One, il faut faire place nette. Gare au Suisse qui aurait envie de survoler la Rome protestante à bord de son petit planeur. Mais il n’y a pas que cela. Comme le raconte un médiateur de l’aéroport de Bruxelles à La Libre, cet atterrissage a obligé un des avions présidentiels russes, l’Ilyushin 96, à retarder sa venue à Genève. L’appareil a donc tourné en boucle au-dessus du lac de Neuchâtel pendant 30-40 minutes le temps que la voie soit libre. Il faut quand même préciser que Vladimir Poutine était dans un autre avion, dont l’arrivée était prévue à un autre moment.

Mais il n’y a pas que dans les airs qu’il y a des soucis de circulation. Sur terre, faut bloquer des rues, comme cela peut se faire à Bruxelles lors de grands sommets. «Nous avons eu des moments difficiles», avoue le directeur des transports publics genevois à Léman Bleu, avec une circulation assez perturbée par endroit. Interdiction aussi pour qui que ce soit de s’approcher des rivages du lac, que ce soit en véhicule ou à pied. De quoi frustrer certains habitants qui n’ont qu’une envie: profiter de la fraîcheur de l’eau alors qu’il fait 32°C. «Ici, la ville ressemble un peu à un camp retranché», commente la RTS, qui ajoute que des commerces et des restaurants ont dû fermer, alors que certains habitants ont dû se munir de certificats de domicile pour retourner chez eux.

Une villa coupée en deux

Une fois les deux présidents arrivés à Genève, chacun se rend à la Villa La Grange, où les discussions ont lieu. À ce moment crucial, il est hors-de-question que le moindre imprévu ne vienne tout gâcher. Pour qu’il n’y ait pas de jaloux, il a donc fallu littéralement couper en deux la bâtisse, au mètre carré près, et distribuer les pièces entre Russes et Américains. «Heureusement la Villa est parfaitement symétrique», confie soulagée la cheffe du protocole adjointe du canton de Genève, interviewée par Belga. Mais entre les meubles à déplacer et les «quelques questions d’aménagement non résolues», le sommet est une épreuve de chaque instant.

Chaque détail est scruté autant par les Russes que par les Américains. Et vu l’entente entre les deux pays, on peut imaginer la teneur des discussions. «L’exercice, c’est de chaque fois faire en sorte que les deux délégations discutent et se mettent d’accord sur un aménagement, et ensuite nous on l’applique. Mais c’est vrai que j’ai des demandes de l’une outre l’autre délégation… que je ne peux pas traiter si ce n’est pas approuvé par l’autre», a conclu la responsable genevoise.

Et tout ça pour… environ cinq heures de discussion. Ce mercredi soir, c’est déjà fini. Chacun repart alors de son côté et ce jeudi, les restrictions de l’espace aérien sont levées. La vie reprend son cours normal et les Genevois peuvent enfin profiter du lac, même si contrairement à mercredi, la pluie pourrait quelque peu gâcher leur plaisir.

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