Un mois de juin sans examen : « du laxisme et une grosse erreur » ?

L’ex-ministre MR Hervé Hasquin a réagi à ce dernier mois de l’année scolaire assez particulier. Pour lui, cette absence d’évaluation est une honte et une faute sociale.

Hervé Hasquin, en 2011. (Belga)

Une autre année, plus normale que celle-ci, à la mi-juin, tous les étudiants de la 6e primaire à l’université, devraient être en examens. Mais en 2021, ce n’est pas le cas, ils ont été annulés dans bon nombre d’écoles secondaires, et particulièrement dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. A la joie de beaucoup d’adolescents mais au regret de nombreux observateurs. Et, bien que cette décision ne soit pas toute récente, elle continue de faire réagir.

Aujourd’hui, c’est l’ancien ministre MR et ex-recteur de l’ULB, Hervé Hasquin, qui trouve regrettable d’à nouveau se passer d’épreuves. Selon lui, ce sont les étudiants de milieux défavorisés qui en pâtissent le plus. « Le déterminisme social intervient souvent pour expliquer la réussite ou l’échec. Ce problème reste entier. Or, quelle est l’arme de celui que la fortune et le milieu familial et social ont moins favorisé ? C’est la qualité de son diplôme. C’est pourquoi il faut faire quelque chose », a-t-il déclaré dans les colonnes de La Libre.

S’il ne s’exprime que maintenant sur la question, c’est parce qu’en ce moment, trop de gens demandent qu’on facilite la vie des étudiants selon lui. « Ces discours se multiplient. Or, ce faisant, ce sont les moins privilégiés que l’on fragilisera encore plus, au final. L’enseignement de masse tel qu’on le conçoit aujourd’hui présente plusieurs tares. Il ne devrait pas être synonyme de “diplômer tout le monde” ou de “baisser les exigences”. Le laxisme est une grosse erreur qui porte préjudice aux moins favorisés, encourage la nonchalance, la démotivation, principalement chez ceux qui n’ont pas, dans leur entourage, un moteur pour les forcer à avancer. »

Du laxisme, un mot fort, mais que l’ancien ministre sembler assumer complètement, puisqu’il poursuit, à propos de l’annulation des examens de juin:  « C’est une honte. Pire, une faute sociale. Les dynamiques d’apprentissage sont freinées, surtout au sortir d’une longue crise où l’enseignement à distance a favorisé le décrochage. Il fallait faire le contraire : redonner des échéances. » 

« Tout sauf du laxisme »

Des propos polémiques, qui arrivent tard dans le débat. De tels reproches, bien qu’un peu moins véhéments, avaient déjà été émis il y a un mois. Et la Fédération Wallonie-Bruxelles a toujours maintenu et assumé son choix, même si encore aujourd’hui, il ne fait pas l’unanimité. 

Julien Nicaise, administrateur de Wallonie-Bruxelles Enseignement, avait notamment abordé le sujet il y a quelques semaines. « Supprimer la session d’examens ne veut nullement dire qu’on ne va pas faire d’évaluations », avait-il expliqué dans les journaux du groupe Sudpresse. «  En la supprimant, on fait trois semaines de cours supplémentaires. Pendant lesquelles on peut voir de la matière, pendant lesquelles les enseignants peuvent faire des interros, donner des devoirs… C’est vraiment tout sauf du laxisme que de faire confiance aux enseignants sur la manière dont ils vont évaluer leurs élèves. Malheureusement, parfois dans le grand public, on a le sentiment qu’il n’y a que les examens qui peuvent évaluer. Or les enseignants font de l’évaluation continue presque au jour le jour. »

Julien Nicaise. (Belga)

Julien Nicaise. (Belga)

Il n’y a pas de quoi imaginer que les étudiants sont déjà presque en vacances. Ils passent le mois de juin à travailler. « Les cours vont se donner normalement jusqu’aux alentours du 20 juin avec une obligation scolaire, avec une évaluation et avec un tas de choses à rendre », précisé Julien Nicaise. « On a rencontré beaucoup d’experts qui nous demandaient de prendre des mesures. La ministre de l’Éducation nous a demandé de poursuivre les cours le plus longtemps possible. C’est l’ensemble de ces éléments qui expliquent pourquoi, plutôt que de suspendre les cours pour faire des examens, on maintient les cours en présentiel avec une évaluation continue de la part des enseignants. »
 

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