Bruxelles-Anvers en 6 minutes: le projet fou de la Flandre

Le gouvernement flamand s’intéresse à un projet de train ultrarapide qui s’annonce révolutionnaire, du moins sur le papier.

Un prototype d'Hyperloop, testé dans le désert du Nevada, le 8 novembre 2020 @BelgaImage

Bruxelles, gare du Midi: vous prenez le train pour Anvers Central. Une fois assis, vous avez à peine le temps d’enfiler votre casque et d’écouter un ou deux morceaux de musique qu’une douce voix vous prévient: «vous êtes arrivés à destination». Ça, c’est ce que promet l’Hyperloop, le moyen de transport futuriste qui fait vibrer le milliardaire Elon Musk, un de ses initiateurs. Cette semaine, le gouvernement flamand a rendu public un rapport pour qu’un jour, cette technologie permettre de faire le trajet Bruxelles-Anvers en pas moins de six minutes. Un projet qui peut sembler un peu dingue mais qui est pourtant pris tout à fait au sérieux par le monde politique flamand.

Un réseau de Paris à Amsterdam

Pour que cela devienne possible, le train prendrait la forme de capsules placées dans un tunnel (presque) sous vide où elles flotteront grâce à un champ magnétique. De cette façon, celles-ci se déplaceront sans qu’aucun frottement de l’air ou de contact ne vienne les ralentir. Leur vitesse théorique maximale serait alors de 1.000-1.200 km/h et elles pourraient contenir jusqu’à quelques dizaines de personnes. Aujourd’hui, des trains à lévitation existent déjà en Extrême-Orient, à l’instar du Maglev japonais, mais ici, la mise sous vide représente l’aboutissement de cette logique.

Bien sûr, 1.000 km/h, c’est dans des conditions optimales. Avec des virages ou des dénivelés, cela serait plutôt de 500 km/h, soit une vitesse plus proche du record atteint par un TGV (574 km/h). Mais en Flandre, où presque tout est plat, on peut en effet imaginer un tunnel Hyperloop remarquablement droit où ces capsules pourraient foncer à toute allure.

Mais la région flamande n’imagine pas relier uniquement les deux plus grandes villes belges. Ce tronçon ferait partie d’un circuit plus long qui ferait le lien entre Paris et Amsterdam. On pourrait également imaginer des trajets annexes comme Bruxelles-Strasbourg via Liège et Luxembourg, ou Anvers-Zeebrugge.

La course à l’Hyperloop

Évidemment, tout ceci n’est pas gratuit. Construire 100 km de tunnel en Flandre coûterait a priori 3,3 milliards d’euros, sans compter les 170 millions annuels nécessaires pour l’entretien. Mais il faut mettre ses chiffres en parallèle avec le gain économique que cela permettrait. Surtout qu’au début, la Flandre serait surtout intéressée par le transport de marchandises via Hyperloop, et pas forcément de personnes (dommage pour les voyageurs pressés!). Ce ne serait que dans un second temps que Monsieur et Madame Lambda pourraient préférer l’Hyperloop à l’avion, notamment pour remplacer les vols court-courriers. L’étude flamande imagine à terme le transport entre Paris et Amsterdam de 15 millions de passagers (autrement dit 2.400 par heure), ou de 5 millions de tonnes de marchandises.

Les effets collatéraux seraient nombreux: moins de campions (puis de voitures) sur les autoroutes, des aéroports centrés sur les vols long-courriers, moins de pollution sonore, un peu moins de rejets de CO2 et de consommation d’énergie (respectivement -0,8% et -0,9% pour le secteur du transport en Flandre), etc. Vivre à Bruxelles et travailler à Paris, Amsterdam ou Luxembourg deviendrait tout à fait faisable. Bref de quoi rêver!

C’est d’ailleurs pour cela que la Flandre est loin d’être la seule à s’intéresser à l’Hyperloop. En Europe, l’Espagne est particulièrement motivée. Le pays imagine par exemple un trajet Madrid-Barcelone en 30 minutes. Ailleurs, on pourrait aussi faire en une demi-heure Rome-Milan, New York-Washington D.C., Los Angeles-San Francisco, ou Los Angeles-Las Vegas. En France, Paris-Marseille pourrait être fait en 40 minutes et d’autres lignes existeraient, comme Paris-Le Havre ou Paris-Toulouse.

Un projet pas si parfait?

Malgré toutes ces promesses, certains restent malgré tout sceptiques. C’est par exemple le cas de Willy Miermans, expert en mobilité et professeur à l’UHasselt. D’après lui, «L’Hyperloop, c’est comme Musk qui veut voyager vers Mars», dit-il à la VRT. «Un beau projet qui semble difficile à réaliser. Je crains qu’il finisse par devenir un jouet pour les super-riches».

D’autres obstacles se posent en effet sur le chemin de l’Hyperloop. Pour aller le plus vite possible, il faudrait les tunnels les plus droits qui soient, et cela nécessiterait probablement de déplacer quelques gares, à moins de trouver une solution technique. Puis il faudrait revoir les règles juridiques qui sous-tendent le secteur du transport, convaincre le public qu’il n’y aurait aucun risque à foncer à 1.000 km/h, mais aussi optimiser le confort des voyageurs. Pour l’instant, un test passager a été réalisé sur un tronçon de 500 mètres parcourus en 15 secondes à 172 km/h, loin du maximum de vitesse prévu. Et dans la vidéo publié pour l’occasion, les deux cobayes ont beau sourire, ils sont un peu secoués et surtout très bien attachés.

Mais tout cela ne fait pas peur à Elon Musk, qui n’est déjà pas intimité lorsque ses prototypes SpaceX s’écrasent l’un après l’autre. Son Hyperloop est donc « sur les rails », pour ainsi dire, et il n’est d’ailleurs pas le seul dans la course. On compte aux États-Unis deux grands acteurs, Hyperloop Transportation Technologies et Virgin Hyperloop, sans oublier le canadien Transpod ou encore le néerlandais Hardt Hyperloop. Ce dernier travaille d’ailleurs sur un projet pilote de 2,7 km à Groningue. Le premier embarquement de passager pourrait être réalisé vers 2026.

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