Viols collectifs « En plus de la dimension traumatique du viol, la victime est seule et sans échappatoire »

Une adolescente, violée par une bande, s’est suicidée à Gand. Décryptage d’un phénomène abominable qui relève moins du fait divers que de la dérive patriarcale.

Viol collectif @Unsplash

Les viols collectifs ne sont pas un phénomène récent. On en trouve déjà au Moyen Âge. “C’est une pratique ­masculine qui a traversé les époques et qui relève de l’emprise du sexe ­masculin sur le féminin, pose Serge Garcet, professeur de victimologie à l’Université de Liège. Il y a évidemment une dimension sexuelle dans le viol collectif, mais la finalité est d’abord l’appartenance au groupe. La victime n’est qu’un objet sexuel pour le groupe qui se rassure sur sa virilité. C’est la culture du pouvoir de l’homme sur la femme avec comme mécanisme la dichotomie entre la madone et la putain.”

Les jeunes filles sont victimes plusieurs fois. D’abord en étant violées, ensuite en étant identifiées comme faciles. Elles perdent le respect de leurs pairs et n’ont plus aucun crédit par rapport à l’agression. “Même l’entourage familial se positionne parfois en faveur des agresseurs et les bonnes copines se détachent de la victime pour ne pas subir la même étiquette. C’est une spirale monstrueuse. En plus de la dimension traumatique du viol, la victime est seule et sans échappatoire”, expose Serge Garcet. L’étiquette extrêmement lourde pour la victime est renforcée par les réseaux sociaux, comme cela s’est passé pour la jeune Gantoise. 

Internet, pour ces jeunes, est une partie de leur identité, une vitrine de ce qu’ils sont. Ils mettent à l’extérieur leur intimité sans retenue. Je veux m’affirmer et donc je place sur les réseaux sociaux mes faits d’armes pour montrer que je suis un mec. Le rapport à la pornographie, qui constitue souvent la part la plus importante de leur éducation sexuelle et où le gang bang est une pratique courante, joue aussi”, explique Serge Garcet. Les auteurs n’auraient pas conscience de leur écart et ignoreraient aussi qu’ils sont passibles de peines. Et on constaterait une grande banalisation de ce comportement au point d’être la norme du groupe qui permet de renforcer le sentiment d’appartenance. “Ce passage à l’acte est nourri par des représentations et des stéréotypes machistes et patriarcaux.

Le phénomène des viols collectifs est très difficile à enrayer. “Si la peine pour avoir eu un tel comportement extrême est juste d’aller parler à trois éducateurs, ça ne changera pas. Il faut aussi faire attention au fait qu’avoir été en IPPJ peut donner des galons au jeune. Et si le séjour en IPPJ s’apparente à des colonies de vacances, la valeur de la sanction est nulle. Je n’ai pas de solution. La prison ne l’est pas non plus. Il faut faire évoluer les mentalités, libérer la parole des victimes. C’est la seule voie.”

En termes de prévention, le fond du problème se situe dans la représentation de la femme et les rapports de ­pouvoir. La prévention tient dans la déconstruction des stéréotypes genrés. “On n’est pas au bout de nos peines.”

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