L’UCLouvain découvre une bactérie pour lutter contre l’obésité et le diabète

Cette découverte pourrait peut-être aussi servir à combattre d’autres maladies, comme par exemple des cancers et les inflammations.

Le chercheur Patrice Cani, lors d'une conférence de presse le 28 novembre 2016 @BelgaImage

C’est une première en Belgique! Ce mercredi, une équipe de l’UCLouvain a déclaré avoir non seulement découvert une nouvelle bactérie intestinale et lui avoir donné un nom, mais elle a également identifié ses effets sur l’organisme. Et force est de constater que la trouvaille est prometteuse. L’étude, publiée dans la revue Gut, estime que ce nouvel organisme aurait une action positive sur des maladies comme le diabète de type 2. Pourtant, cette découverte est un peu le fruit du hasard puisqu’à la base, les chercheurs cherchaient une autre bactérie.

«La bactérie qui pue»

Le groupe de scientifiques à l’origine de la découverte, mené par Patrice Cani, s’intéresse à la façon dont les bactéries intestinales interagissent avec notre santé. C’est d’ailleurs dans ce cadre-là qu’ils ont mis en évidence l’effet protecteur de l’une d’entre elles, Akkermansia, pour le système cardiovasculaire. En 2015, ils s’attaquent à une autre, Subdoligranulum, qui leur semble intéressante. Elle est pratiquement absente chez les personnes obèses et diabétiques et ils se demandent si cela n’a pas un lien avec ces maladies.

Mais leurs recherches patinent. Ils tentent pendant deux ans de trouver le fameux représentant de Subdoligranulum qui leur fallait, sans succès. C’est alors qu’ils tombent sur une toute nouvelle bactérie, inconnue jusqu’alors. Ils lui donnent le petit nom de Dysosmobacter welbionis, ce qui veut dire «la bactérie qui pue». Une dénomination trouvée suite à la légère odeur émise par celle-ci lorsqu’elle se trouve en culture.

Des effets très positifs sur l’organisme

Grâce au soutien de WELBIO, l’organisme de la Région wallonne, l’équipe de l’UCLouvain sonde ensuite la présence de Dysosmobacter welbionis chez 12.000 sujets d’âges et de poids divers et variés. Il s’avère alors que cette bactérie est présente chez 70% de la population mais qu’elle se fait rare chez les diabétiques de type 2 et les personnes obèses. Confortés par cette constatation, les scientifiques de l’UCLouvain passent à l’étape suivante: étudier son action au sein de l’organisme. Et là, ça devient vraiment intéressant. Des souris obèses ou diabétiques ont été nourries avec Dysosmobacter welbionis et c’est le jackpot: perte de poids, diabète guéri, inflammations moins nombreuses et davantage d’énergie dépensée.

En y regardant de près, les chercheurs constatent que cette bactérie a pour rôle d’augmenter le nombre de mitochondries, c’est-à-dire les centrales énergétiques des cellules, ce qui fait baisser le taux de sucre dans le sang (et donc logiquement le poids). Elle a en plus effet anti-inflammatoire important. Encore mieux: les molécules qu’elle produit se diffusent dans tout le corps, et non seulement dans l’intestin. Bref, c’est exactement ce qu’il faut pour aider les personnes diabétiques.

Désormais, le groupe de l’UCLouvain va tâcher de voir si cela pourrait servir pour traiter des inflammations ou des cancers, dont celui du côlon. Il se pourrait aussi que son effet soit démultiplié en la combinant avec Akkermansia. Un complément alimentaire à base de Dysosmobacter welbionis a déjà été mis au point et pourrait être commercialisé d’ici un an.

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