Gifle à Emmanuel Macron: le portrait troublant de l’agresseur

L’homme suit ardemment l’extrême-droite sur les réseaux sociaux et est un grand nostalgique de la France médiévale. Ce qui pourrait expliquer au moins en partie l'incident d'hier.

Emmanuel Macron, lors de sa visite dans une école hôtelière à Tain-l'Hermitage le 8 juin 2021 @BelgaImage

Ce mardi 8 juin, le président français était en visite Tain-l’Hermitage, une petite ville tranquille au bord du Rhône, dans le nord de la Drôme. Mais alors qu’il part à la rencontre du public , Emmanuel Macron est giflé par un homme à la barbe noire et la chevelure longue. Au même moment, une personne (la même?) reprend le cri de guerre royaliste «Montjoie Saint-Denis», couplé à «À bas la macronie». Les forces de l’ordre ont immédiatement placé en garde à vue deux hommes: l’auteur de la gifle ainsi que son ami. L’enquête est en cours pour déterminer le déroulé précis de l’incident mais la presse française n’a pas tardé à faire le portrait de ces deux personnes.

Entre arts martiaux historiques et suivi de la fachosphère

Selon le procureur de la République à Valence, «les deux hommes interpellés sont deux Drômois âgés de 28 ans, inconnus de la justice» et «à ce stade des gardes à vue, leurs motivations ne sont pas connues». Si aucune autre information officielle n’a été donnée, Le Monde, Le Figaro et Libération ont vite fait de retrouver leur trace sur les réseaux sociaux. La personne accusée d’avoir giflé Emmanuel Macron s’appellerait ainsi Damien T. alors que son ami se dénommerait Arthur C. Tous deux viennent de Saint-Vallier, une commune de 4.000 habitants située à 15 km au nord de Tain-l’Hermitage. Selon l’AFP, des sources proches du dossier ont confirmé leur identité.

Dès le début, Damien T. se révèle être une personne atypique. Il est notamment adepte des arts martiaux historiques européens. En France, il n’y aurait qu’environ 1.500 pratiquants de cet ensemble de pratiques quasiment oubliées. Sa passion pour la période médiévale est évidente vu une photo de lui publiée sur Instagram en costume d’époque.

Mais ce qui trouble le plus, ce sont les comptes qu’il suit en ligne. Se dessine alors une constellation d’acteurs représentatifs de la fachosphère. Il y a par exemple le militant de l’ultra-droite Vincent Lapierre, connu pour ses déclarations contre l’avortement et Israël. Outre l’hebdomadaire très réactionnaire Valeurs actuelles, Damien T. est abonné au Youtubeur d’extrême-droite Papacito, qui multiplie les déclarations sur l’immigration et la virilité. Ce dernier, parfois qualifié de raciste, sexiste et homophobe, a été récemment mis en cause par le leader de gauche Jean-Luc Mélenchon pour avoir publié une vidéo expliquant comment attaquer un militant de son parti, la France insoumise.

La suite des abonnements de Damien T. est dans le même style, à l’instar du mouvement Génération identitaire, dissous en mars dernier pour ses discours de haine ainsi que pour ses théories racialistes. Il y a aussi le rappeur suprémaciste Kroc Blanc, les étudiants identitaires de La Cocarde, l’homme politique Henry de Lesquen, condamné pour provocation à la haine et contestation de crime contre l’humanité, le collectif féministe d’extrême-droite Némésis, ainsi que plusieurs comptes proches du Rassemblement national, le parti de Marine Le Pen. Pour couronner le tout, Damien T. a «liké» sur Facebook la page du groupe Action Française Lyon et suit les royalistes du Cercle Richelieu.

De la difficulté «à joindre les deux bouts» au mépris d’Emmanuel Macron

Comme Arthur C., membre d’un conseil de quartier à Saint-Vallier, Damien T. serait proche selon le Figaro des gilets jaunes. Une information loin d’être anodine puisqu’hier, un rassemblement de ce mouvement avait lieu à Valence, en lien avec la présence d’Emmanuel Macron dans la Drôme. D’après le Dauphiné Libéré, des gilets jaunes étaient aussi présents à Tain-l’Hermitage. Il n’est pas impossible que la gifle reçue par Emmanuel Macron soit liée à ce contexte.

Mais tout ceci étonne un ami de Damien T. et Arthur C., Loïc Dauriac, présent à Tain-l’Hermitage lors du passage du président. On le voit par ailleurs en compagnie des deux hommes lors d’une interview réalisée par l’émission Quotidien, quatre heures avant les faits, alors qu’ils n’étaient que de purs inconnus. Comme il le confie à l’AFP, il se dit «énormément» étonné par ses deux amis. Il affirme que Damien T. n’est «pas quelqu’un de violent» et décrit un homme vivant de petites missions d’intérim après ne pas avoir achevé ses études de thanatopraxie. Il ne s’avoue cependant «pas surpris» lorsqu’il est interrogé sur ses abonnements sur les réseaux sociaux. Il «est de nature curieuse» mais «n’a pas ces idées-là», estime-t-il. Il assure que Damien T. «est contre les royalistes» et que «pour lui, ils ont des idées à la con».

Loïc Dauriac tente d’expliquer le geste de Damien T. par ses rancœurs nourries contre Emmanuel Macron au fil de son mandat. En 2017 déjà, il y a très peu apprécié sa défense de la diversité culturelle de la France. Il aurait aussi agi par réaction à ses difficultés «à joindre les deux bouts» et avec un «gros ras-le-bol» d’un président qui selon lui «ne nous écoute pas». «Ces gens-là, ça fait des années qu’ils n’ont pas voté», précise Loïc Dauriac à propos de ses amis. Quant aux cri «Montjoie Saint Denis», il estime que ce n’est pas une référence royaliste mais une allusion au film «Les Visiteurs» qui aurait tout aussi bien pu être remplacée par une citation de la série «Kaamelott».

Un acte condamné par tous

Quoi qu’il en soit, les deux personnes mises en garde à vue risquent gros. Accusés de «violences sur personne de l’autorité publique», la gifle pourrait coûter trois ans de prison et 45.000€ d’amende. La pression sur eux est d’autant plus grande que l’incident a été largement relayé par la presse nationale et internationale. Tous les partis politiques ont également soutenu Emmanuel Macron, y compris le Rassemblement national.

«Il est inadmissible de s’attaquer physiquement au président de la République, à des responsables politiques, mais plus encore au président», a déclaré Marine Le Pen. «La République doit être toute entière derrière le président de la République pour lutter contre toutes les formes de violence», a déclaré Olivier Faure, secrétaire national du Parti socialiste (PS). «S’en prendre physiquement au président de la République, c’est s’attaquer à la France», renchérit l’eurodéputé Yannick Jadot du parti Europe-Écologie-Les Verts. Au sein du parti de droite LR, l’auteur de la gifle a été condamné par Laurent Wauquiez, Gérard Larcher, Xavier Bertrand et d’autres. Enfin, à la France insoumise, Clémentine Autain a dénoncé une «agression inadmissible» alors que Jean-Luc Mélenchon s’est dit «solidaire du Président».

Quant à Emmanuel Macron, il a tenu à réagir dans le courant de la soirée. «Tout va bien. Il faut relativiser cet incident qui est, je pense, un fait isolé. Il ne faut pas que cela vienne occulter le reste des sujets si importants qui concernent la vie de beaucoup», dit-il au Dauphiné Libéré. «Ne laissons pas des faits isolés, des individus ultraviolents, comme il y en toujours quelques-uns dans les manifestations aussi, prendre possession du débat public: ils ne le méritent pas».

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