Le masque pour se protéger du pollen?

Des allergologues affirment que les personnes sensibles aux pollens semblent moins affectées depuis la généralisation des masques. Et ce ne serait pas une coïncidence.

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En France, une nouvelle carte est apparue avec ses zones oranges, voire rouges. C’est celle du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). C’est que le pollen de graminées a fait son grand retour ces derniers jours. Sa concentration vient de dépasser également le seul critique fixé par Sciensano en Belgique, en lien direct avec le retour du beau temps. Mais désormais, parmi les conseils prodigués par Sciensano pour éviter le rhume des foins, on trouve une ligne intrigante: «Portez un masque afin de limiter les contacts avec le pollen». Alors que cette recommandation était quasi-inexistante avant la crise sanitaire, elle est aujourd’hui de plus en plus répandue parmi les spécialistes, preuves à l’appui.

Une barrière contre les virus et le pollen

Sciensano n’est en effet pas la seule institution sanitaire à prôner maintenant le port du masque contre le pollen. «La fédération française d’allergologie recommande actuellement les masques pour protéger un peu plus les patients allergiques, surtout à l’extérieur. Ça fait partie des nouvelles recommandations suite au Covid, qui pourraient s’appliquer même dans les années qui viennent», confirme Yann Dubreil, membre du RNSA, à France Bleu. La pneumologue Madiha Ellaffi abonde dans le même sens en expliquant à LCI que «la filtration des masques est de quelques microns, donc nous pouvons imaginer qu’il y a moins de pollen respiré à travers un masque». Elle précise d’ailleurs que certains de ses patients se sont révélés moins gênés par le pollen qu’avant la crise sanitaire.

Le port du masque est également recommandé par l’allergologue Catherine Cortot, interrogée par la Voix du Nord. «C’est sûr que c’est mieux que rien, je le conseille d’ailleurs parfois à des personnes très allergiques aux graminées pour tondre leur pelouse», prône-t-elle. Mais celle-ci fait toutefois en garde. Selon elle, il n’existe pas encore de consensus scientifique définitif à ce sujet. En cause: le manque d’études réalisées.

Des premières preuves encourageantes

Des chercheurs se sont néanmoins déjà portés sur la question, notamment au Japon où le masque était déjà utilisé avant la crise sanitaire. En 2005, cette protection a été testée dans le cadre d’une étude nippone. Des personnes allergiques ont été divisées en deux groupes. Certains le portaient, d’autres pas. Les scientifiques sont ainsi parvenus à la conclusion que le masque protégeait bel et bien, sauf lorsque le vent soufflait fort. Dans ce cas-là, le pollen, dispersé à grande vitesse dans l’air, arrive à passer par de petits espaces au niveau des joues et du nez.

Plus récemment, une autre étude a été menée en Israël à l’hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv. Les auteurs sont parvenus à la conclusion que le masque avait fait baisser de 65% le nombre d’hospitalisations de patients victimes de crises d’asthme sévères. Aux urgences, les admissions pour ce même motif ont diminué de 45%. Il n’en fallait pas plus pour que la professeure Nancy Agmon-Levin, qui a participé à l’étude, édicte que «les masques font barrage aux agents infectieux et au pollen».

Bien utiliser son masque

Mais attention: quoi qu’il en soit, un masque ne vaut pas un autre. S’il est humide par exemple, les fibres du tissu ne sont plus assez efficaces pour servir de barrière protectrice, que ce soit contre le coronavirus ou le pollen. L’allergologue Yann Dubreil rappelle aussi l’importance de l’adhérence au visage. Un masque FFP2 sera ainsi plus efficace qu’un chirurgical. «Ils ont une meilleure adhésion au niveau des joues et limitent ainsi plus l’impact des pollens», dit-il.

Et évidemment, s’il protège le nez et la bouche, le masque n’épargne pas les yeux, qui restent exposés au pollen. C’est d’ailleurs pour cela que Sciensano conseille le port de lunettes de soleil «pour limiter les réactions de contact». Pour le reste, il faut appliquer les recommandations habituelles: se laver les cheveux pour éviter que le pollen ne s’y accumule, ne pas sécher le linge à l’extérieur, éviter les activités physiques intenses, etc.

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