Le GPS menace certaines capacités primaires du cerveau

Les applications de navigation affectent non seulement le sens de l’orientation mais détériorent aussi des réflexes de base de notre mémoire, confirment de nouvelles études.

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Depuis plusieurs années, les chercheurs alertent sur l’impact des GPS sur notre capacité à nous repérer dans l’espace. Mais il se pourrait bien que leur effet soit plus important encore. C’est en tout cas la conclusion d’une nouvelle étude publiée dans Scientific Reports, ainsi qu’une autre dans Transportation Research Interdisciplinaire Perspectives. Les chercheurs ont constaté qu’une utilisation fréquente d’un service de navigation faisait perdre au cerveau sa capacité à créer des cartes mentales. Mais les effets sur nos neurones pourraient ne pas s’arrêter là.

Une carte ou des sons pour stimuler le cerveau

Au cours de l’histoire, l’être humain a eu un intérêt vital à bien s’orienter dans son environnement. Ce réflexe, bâti au fil des millénaires, est aujourd’hui menacé dans son essence même par les GPS. En l’utilisant, ce qui était une tâche active et stimulante pour le cerveau devient passive. Les chercheurs l’ont à nouveau prouvé avec deux groupes d’automobilistes, un utilisant une carte normale, l’autre une application de géolocalisation. Chacun a dû se déplacer dans un même quartier puis leurs performances ont été comparées. Résultat: ceux avec une carte reconnaissaient bien mieux les points de repère qu’ils avaient croisé sur le chemin et qui leur étaient représentés par la suite. Ceux assistés d’un GPS se sont révélés braqués sur l’écran de leurs appareils, sans vraiment réfléchir où ils allaient, contrairement aux autres qui ont été obligés de mémoriser le parcours dans sa globalité.

Cette conclusion est confirmée par l’autre étude qui a proposé à des volontaires d’utiliser une application faite à l’origine pour guider des personnes aveugles grâce à des indications auditives. Ils ont ainsi pu constater que le rôle actif de «l’explorateur» humain reprenait le dessus. L’effort pour se repérer dans l’espace n’est plus totalement délégué et le cerveau mémorise mieux l’environnement.

«Le GPS nous rend plus stupides»

La construction de ces cartes mentales n’est pas anodine. Et pour cause: se repérer dans l’espace est une expérience enrichissante pour plusieurs parties du cerveau, notamment pour l’hippocampe et le cortex préfrontal. Avec un GPS, ces zones cérébrales ne sont pas stimulées et finissent par régresser. Cela a déjà été démontré par une étude de 2017 au moyen de techniques IRM utilisées sur des personnes se repérant dans le quartier de Soho, à Londres.

«Le GPS nous rend plus stupides», déclare à El País Mar González Franco, l’une des auteures de l’étude publiée dans Scientific Reports. Avec ses collègues, elle affirme que les systèmes de navigation ont «un impact négatif sur les compétences de navigation et de cognition des êtres humains», avec un effet qui empire avec l’âge. «Avec le GPS classique, des zones très archaïques du cerveau qui fonctionnaient depuis des siècles ne sont plus stimulées et nous risquons que cela affecte notre santé mentale à un âge avancé», certifie-t-elle. Elle assure que cela a aussi un impact plus général sur notre capacité à prendre des décisions.

C’est en ce sens que la chercheuse invite à ne pas regarder constamment son application favorite de géolocalisation dès qu’il faut aller quelque part. Et s’il faut se rendre dans un endroit inconnu, se fier à des sons plutôt qu’à un écran peut aider à stimuler l’activité cérébrale. «En repensant la façon dont nous interagissons avec la technologie et en introduisant une augmentation sensorielle dans l’équation, sous la forme d’audio 3D, nous pouvons avoir un réel impact sur la manière de connaître le monde sans compromettre les processus de navigation internes», concluent les chercheurs.

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