Voile à la Stib: un débat dépassionné du côté des syndicats

Quelle que soit la tendance politique, la question du voile n’a guère ému à la Stib avant que le politique ne s'en empare. C'est que les syndicats ont une approche toute différente.

Une femme voilée à un arrêt de bus de la Stib, le 1er juin 2021 @BelgaImage

Depuis le début de semaine, le port du foulard est au cœur de l’actualité. Des représentants politiques ne cessent de s’invectiver au sujet de la Stib, condamnée par le tribunal du travail pour avoir refusé d’embaucher d’une femme voilée. Mais lorsque les délégations syndicales sont interrogées à ce sujet, l’ambiance est tout autre. Sur le terrain, elles attestent qu’une telle tension n’existe tout simplement pas. De quoi surprendre au vu de l’ampleur actuelle de la polémique.

Une atmosphère apaisée

Contrairement au PS, très divisé sur le voile, un représentant syndical socialiste confie à la Libre que la question du voile «n’a pas fait beaucoup de bruit au niveau de la base». «C’est quand le débat devient politique que cela fait des vagues, mais chez nous, il n’y a pas vraiment de revendications», dit-il. Le quotidien a recueilli le même type de réaction côté libéral, à mille lieues de la position du MR. Un troisième représentant explique enfin que pour sa part, il aurait fait pareil que la Stib en ne faisant pas appel du jugement du tribunal. Nous avons contacté la CGSP ainsi que la CSC pour avoir des réactions supplémentaires mais à l’heure d’écrire ces lignes, les représentants habilités n’ont pas réagi.

Qu’est-ce qui explique un tel fossé entre les réactions des syndicats et des politiques? Possiblement la diversité culturelle au sein de la Stib. C’est en tout cas l’argument qui revient continuellement chez les représentants syndicaux. Car malgré le cas de cette candidate refusée pour son voile, le transport public bruxellois veut clairement être un exemple en la matière. Près de 140 nationalités sont représentées parmi les employés et même si seulement 10% sont des femmes, leur part est en augmentation. Une évolution encouragée par la société.

Il faut aussi rappeler qu’il existe à la Stib un code vestimentaire a priori assez strict. L’uniforme fait loi, ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de créer quelques tensions. Certains hommes voulaient par exemple pouvoir porter le pantacourt. Refusé! Les employées qui portent d’habitude le foulard le retirent généralement aussi. Selon BX1, il n’y aurait qu’une exception : une électromécanicienne engagée il y a peu de temps. «Et par ailleurs cela ne pose aucun problème», réplique Christian Eckert, délégué CGSLB, surtout que le port du foulard pourrait ici se justifier par des impératifs de sécurité liés à son travail. Et de toute façon, s’il y a bien un plan vestimentaire, le règlement est assez flou sur le cas du foulard. L’interdiction des signes convictionnels figure dans une charte mais les représentants des travailleurs au conseil d’entreprise l’ont refusée pour ne pas affecter la liberté d’expression.

Lutter contre les discriminations, pas contre les religions

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les syndicats s’efforcent de dédramatiser la peur des musulmans. Il y a par exemple eu un large consensus lorsqu’il a été question d’introduire des plats halal. Le but était alors simplement de faire face à une discrimination sur le lieu de travail, puisque certains employés étaient de facto écartés de la cantine. Le ton était assez similaire lorsque des travailleuses de la Stib ont demandé à avoir des espaces non-mixtes. Cette requête a été soutenue par les syndicats qui rappellent qu’il n’y avait aucune motivation religieuse derrière cela, mais juste le besoin d’éviter des «comportements déplacés» de leurs collègues masculins dans les vestiaires. Cela n’a cependant pas encore été accepté. Enfin, il y a des aspirations à avoir des lieux de culte dans l’entreprise, qu’importe la religion d’ailleurs, mais là les syndicats n’ont pas apporté leur soutien.

Quant au voile, des représentants syndicaux ont proposé d’adapter le code vestimentaire pour que le foulard puisse être incorporé à l’uniforme. Cela pourrait être une sorte de couvre-chef au caractère moins religieux que le hidjab, sur le modèle de ce qui se fait parfois au Royaume-Uni. Mais ces représentants savent que cette tâche promet d’être longue et périlleuse. La polémique actuelle leur en apporte une nouvelle fois la preuve.

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