Israël: la coalition formée pour mettre fin à l’ère Netanyahu

L’opposition a réussi à présenter un pacte gouvernemental grâce au soutien inédit d’un parti arabe. Elle doit passer quelques dernières étapes pour déloger le Premier ministre de sa fonction.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahu et le chef de l'opposition Yaïr Lapid @BelgaImage

Les dirigeants des partis d’opposition n’avaient que jusque minuit ce mercredi soir pour présenter leur accord de coalition au président d’Israël Reuven Rivlin. Finalement, 35 minutes avant l’heure butoir, Yaïr Lapid, chef du parti centriste et séculariste Yesh Atid, a annoncé être arrivé à son but: former un nouveau gouvernement. Grâce au soutien de huit partis très hétéroclites, il a pu présenter un candidat au poste de Premier ministre, une fonction tenue depuis 2009 par Benyamin Netanyahu. Mais il va falloir encore quelques jours pour finaliser cette coalition et faire de ce projet une réalité.

Une alliance inédite

Ce qui a permis cet accord, c’est le ralliement en dernière minute du parti conservateur arabe Ra’am. C’est la première fois dans l’histoire du pays que la communauté arabe israélienne est amenée à signer un pacte gouvernemental. Ra’am rejoint ainsi les sept autres formations politiques participantes : Yesh Atid, les sociaux-libéraux de Bleu et Blanc, les sécularistes de droite d’Israel Beytenou, les libéraux-conservateurs de Yamina, les libéraux de Nouvel Espoir, le parti travailliste, et les progressistes de gauche de Meretz. Autrement dit, une alliance très diverse.

Contenter chacun de ces partis a été le principal défi de Yaïr Lapid. Il fallait notamment trancher sur la question du nouveau Premier ministre. Finalement, c’est le nom du chef de Yamina, Naftali Bennett, tenant de la droit radicale, qui sera proposé. Ce choix s’est manifestement avéré nécessaire pour que son parti rejoigne l’accord. Cela se fait donc au détriment de Yaïr Lapid, pourtant à la tête de la deuxième plus grande formation politique au Parlement, la Knesset, derrière le Likoud de Benyamin Netanyahou. Il devrait de toute évidence devenir ministre des Affaires étrangères à la place. Vers la mi-2023, les deux hommes devraient cependant intervertir leurs postes. Yaïr Lapid deviendrait alors Premier ministre jusqu’en novembre 2025.

Répartir les portefeuilles ministériels

Ensemble, les huit partis comptabilisent donc 61 sièges à la Knesset, sur un total de 120. Cela leur permet d’atteindre la majorité de justesse. Le président va maintenant accorder à la coalition une semaine pour établir la liste précise des portefeuilles ministériels. Manifestement, cette épreuve est déjà en bonne partie réalisée. Mardi, le chef de Bleu et Blanc, Benny Gantz a fait part de son aspiration à être ministre de la Défense et le contentieux entre le parti travailliste et Yamina pour le contrôle des nominations judiciaires a manifestement été réglé. Le chef d’Israel Beytenou, Avigdor Liberman, deviendrait ministre des Finances alors que la dirigeante du parti travailliste, Merav Michaeli, aurait le portefeuille des Transports. Le leader du Meretz, Nitzan Horowitz, serait nommé ministre de la Santé.

Reste à voir quelle place sera accordée à Mansour Abbas, chef de Ra’am. Celui-ci devrait revendiquer une meilleure prise en compte des intérêts des Arabes israéliens, qui représentent 21% de la population du pays. Selon la presse israélienne, plusieurs sujets ont dû être mis de côté pour éviter de cliver les différents partenaires de l’alliance. Exit donc la question des négociations de paix avec les Palestiniens, ainsi que celle du rôle du judaïsme dans l’État israélien.

Dernière étape: la motion de confiance

Une fois la liste des ministres connue, il faudra que la Knesset se réunisse pour la motion de confiance au nouveau gouvernement. Ce vote pourrait être établi lors de la prochaine session plénière, le 7 juin. D’ici là, le Likoud de Benyamin Netanyahu tentera vraisemblablement de contrecarrer cette coalition naissante. Une option serait que le président de la Knesset, Yariv Levin, membre du Likoud, ne programme pas le vote de la motion de confiance, bloquant ainsi le processus, ou repousse cette perspective au 14 juin dans l’espoir de créer des tensions au sein de l’opposition entretemps. C’est dans cette perspective que Yaïr Lapid l’a exhorté à «s’acquitter de la responsabilité légale qui lui incombe et à convoquer une session extraordinaire de la plénière dès que possible». Si Yariv Levin refuse, la presse israélienne fait savoir que la coalition pourrait tenter de l’évincer de son poste.

Un autre obstacle qui pourrait se poser, c’est que certains députés des partis membres de l’accord se rebellent lors du vote à la Knesset. Les regards se tournent ici vers deux députés de Yamina, Amichai Chikli et Nir Orbach, qui pourraient voter contre. Le soutien des députés arabes pose aussi question. Des réunions doivent avoir lieu dès ce jeudi pour s’assurer de leur loyauté et ainsi permettre l’arrivée au gouvernement de l’opposition.

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