Comment les néerlandophones réagissent-ils au débat sur le voile?

La question du port du foulard fait moins de vagues au nord qu’au sud du pays, ce qui n’empêche pas quelques déclarations fortes, pour ou contre.

Une femme voilée à un arrêt de bus de la Stib à Bruxelles, le 1 juin 2021 @BelgaImage

Ce lundi, la Stib a jeté un pavé dans la marre en refusant de faire appel du jugement l’obligeant à autoriser le port du foulard. Immédiatement, le commissaire Vincent Riga (Open Vld) a suspendu la décision et l’affaire est maintenant sur la table du gouvernement bruxellois. Au même moment, Ecolo devait nommer une personne au poste de commissaire de gouvernement (fédéral) à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Le choix du parti s’est porté sur Ihsane Haouach, une femme au parcours professionnel irréprochable. Mais un détail dérange: elle porte le voile.

Ces deux affaires ont relancé de plus belle le débat sur le voile chez les francophones, que ce soit à gauche ou à droite. Mais au nord du pays, l’approche est assez différente. Certaines personnalités politiques ont réagi mais globalement, le ton est plus calme. Sauf exception, les partis se montrent beaucoup moins divisés qu’au sud.

Un désintérêt assez prononcé

La réaction la plus flagrante de ce point de vue-là, c’est celle du CD&V. Le président du parti Joachim Coens a tranché de façon claire et nette sur le voile d’Ihsane Haouach. «Elle a la liberté de faire son choix à ce sujet. Je ne comprends pas le problème», répond Coens. Il appelle en même temps à ne pas adopter d’interdiction des signes confessionnels dans l’éducation et les services publics, sauf pour certains postes d’autorité comme les juges, les policiers et les soldats. «Après tout, personne n’est neutre. Tout le monde a des convictions politiques, philosophiques ou religieuses. Il n’y a rien de mal à cela», affirme le CD&V. Une position qui tranche avec celle de son partenaire francophone, le CdH, très divisé sur la question.

Au centre-droit, on pouvait également s’attendre à ce que l’Open Vld suive son binôme du sud, le MR, vent debout contre le port du voile. C’était plutôt bien parti vu l’intervention de Vincent Riga sur le cas de la Stib. Le ministre bruxellois des Finances, Sven Gatz (lui aussi de l’Open Vld), a lui aussi demandé à ce que la Stib fasse appel devant la justice. Sauf que depuis, le Nieuwsblad a fait savoir que son président de parti, Egbert Lachaert, n’avait pas envie de s’étaler sur le sujet. «Il y a d’autres priorités», fait-on valoir chez les libéraux flamands.

Quant à la gauche, c’est simple: Vooruit et Groen ne voient aucun problème avec le foulard à la Stib. Là encore, le contraste est frappant comparé au PS où le débat est tendu. «Ces questions font l’objet d’une concertation au sein du parti», se contente d’expliquer un porte-parole du PS.

La droite radicale flamande seule à critiquer

Le Nieuwsblad précise également que de manière générale, la zizanie qui règne au sud ne se retrouve pas au nord. «Même à Bruxelles, où les débats ont été les plus vifs, les élus néerlandophones ont haussé les épaules», déclare le quotidien. Pourtant, certains politiques ont rejoint les critiques du MR contre le voile. C’est notamment le cas de la N-VA qui qualifie le refus de la Stib de faire appel de la façon suivante: «incompréhensible et inacceptable». Le parti nationaliste flamand insiste pour que le style vestimentaire soit neutre au sein de tous les services publics.

Le ton est encore plus dur au Vlaams Belang, à l’image du député Chris Janssens. Il déclare notamment que la nomination d’Ihsane Haouach représente une «insulte à toutes les femmes». Son président de parti, Tom Van Griken, a quant à lui critiqué cette affaire de manière indirecte en la comparant à un jugement rendu par le tribunal de Malines la semaine dernière. Quatre membres du mouvement nationaliste flamand Vooruit avaient été condamnés à six mois de prison pour «incitation à la haine et à la violence» après avoir distribué des pamphlets contre «l’islamisation de la société». «Seulement en Belgique», se contente d’écrire Tom Van Grieken, témoignant visiblement du mépris qu’il a pour Ihsane Haouach.

Un climat tendu appelé à perdurer

Cette déclaration n’est pas pour surprendre le journaliste politique Ivan De Vadder, invité par la VRT à commenter le débat sur le voile. Il rappelle qu’il y a quelques jours, Tom Van Grieken avait déclaré au Tijd que «les chrétiens, les flamands et les blancs devraient être une priorité dans la société».

Ivan De Vadder explique aussi que si le CD&V et Vooruit ont réagi calmement aux polémiques actuelles, ces partis ne sont pas à l’abri d’un débat en interne sur le voile. Chez les chrétiens-démocrates, le député Hendrik Bogaert a par exemple plaidé par le passé pour une interdiction du foulard dans les espaces publics. Quant au président de Vooruit, Conner Rousseau, il a appelé à interdire le voile pour les moins de 16 ans.

Mais globalement, le commentateur politique rappelle que si le sujet est aujourd’hui si brûlant, c’est du fait de l’insistance du président du MR Georges-Louis Bouchez à le mettre en avant. Il y voit aussi le retour des débats sur des thèmes autres que le Covid-19, alors que l’épidémie s’affaiblit. «Tout le monde était uni pour faire face à la crise, toutes les contradictions possibles dans la politique ou la société ont été un peu gelées», dit-il. Or avant 2020, un des principaux clivages politiques, c’était sur la migration. Et sur ce point, «le foulard est un symbole». «Il me semble logique [que ce débat] réapparaisse, même si Bouchez y joue un rôle important», analyse Ivan De Vadder.

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