Stib et port du foulard : affaire à suivre

La Stib ne fera pas appel du jugement lui ordonnant d'autoriser le port du foulard. Mais la saga n'est pas finie pour autant.

Le débat sur le port du foulard réveille à nouveau les tensions politiques. - BELGA

La question du port du foulard sur le lieu de travail est relancée, surtout à Bruxelles, par une décision de justice. Le 3 mai dernier, le tribunal du travail avait donné raison à une plaignante, candidate à la Stib recalée en raison d’un refus d’ôter son hijab, condamnant la société de transports bruxelloise pour discrimination fondée sur les convictions religieuses et le genre. « Un signal important pour les femmes qui souhaitent travailler en Région bruxelloise tout en portant le foulard, qui ouvre potentiellement la voie à une reconnaissance juridique des discriminations intersectionnelles », s’était réjoui La Ligue des droits humains. Le tribunal a dès lors ordonné à la Stib de mettre fin à sa politique de l’emploi fondée sur un principe de neutralité exclusive, interdisant à l’ensemble de son personnel le port de tout signe convictionnel, qu’il soit religieux, politique, philosophique.

Depuis, la Stib devait faire un choix : accepter ce jugement et adapter son règlement, comme Actiris en 2015, ou faire appel. La question a atterri sur la table du comité de gestion de l’entreprise, où l’on retrouve notamment des représentants des partis composant la majorité bruxelloise. Très divisé à ce sujet, il a rendu son verdict lundi : la Stib ne fera pas appel.

La décision de la Stib déchire la majorité bruxelloise

Fin du feuilleton ? Pas tout à fait. Le commissaire du gouvernement au sein de la Stib Vincent Riga (Open Vld) disposait de quatre jours pour suspendre la décision. C’est chose faite. Le dossier est désormais expédié sur la table… du gouvernement bruxellois, où il risque de faire des vagues, tant les divisions sont profondes entre les partis, voire en leur sein.

La décision de la Stib avait rapidement été saluée sur les réseaux sociaux par Rajae Maouane qui considère qu’il s’agit d’un « pas supplémentaire vers l’inclusion de plus de femmes sur le marché de l’emploi ». Dans Le Soir, la coprésidente Ecolo estime que ce jugement doit faire jurisprudence. Alors que la question du foulard n’est pas inscrite dans l’accord de majorité bruxellois, les verts y voient une occasion inespérée de faire évoluer les pratiques.

Cela ne passe pas pour leurs partenaires DéFi, l’Open VLD et, dans l’opposition, le MR. Cette décision « est une atteinte à la neutralité et à l’autonomie de gestion de l’entreprise », a estimé le président de DéFi François De Smet. L’un de ses députés bruxellois Christophe Magdalijns avait même menacé de quitter la majorité si aucun recours n’était introduit.

Quant aux socialistes, ils sont tiraillés. Au PS, cet impossible débat se joue pour l’instant en coulisses, entre une branche historique laïque, favorable à une neutralité exclusive, et un courant plus récent, prônant l’inclusion. Le tout dans un contexte bruxellois où il s’agit pour chaque parti de capturer un électorat d’origine étrangère très important dans la Région. « Nous ne rentrerons pas dans une bataille de slogans qui renforcerait les extrêmes de tous bords. Pas plus que nous ne ferons le jeu de celles et ceux qui, à des fins électoralistes, veulent diviser la société sur ces questions », explique un porte-parole du PS, précisant que « ces questions font l’objet d’une concertation au sein du parti ». Concertation qui dure depuis longtemps, et n’a jamais abouti à une position commune et claire…

Ce week-end, le cdH s’est également déchiré sur la question. Georges Dallemagne voit dans le port du foulard « une revendication politique, radicale, qui ne veut pas de notre modèle de société ». L’ancienne présidente du parti humaniste Joëlle Milquet n’est pas d’accord, dénonçant « simplisme » et « généralisation ». Au centre, l’actuel président Maxime Prévot arbitre, appelant à considérer davantage « ce qu’il y a dans la tête de chacune de ces femmes » plutôt que « ce qu’il y a dessus ». Le débat est loin d’être fini.

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