Que sait-on de la situation de Roman Protasevitch?

Le déroutement du vol Ryanair Athènes-Vilnius sur Minsk rappelle à l’Union européenne que la dictature qui se trouve à ses portes n’est pas une fiction. 

Roman Protasevitch

Qu’est devenu Roman Protasevitch? À l’heure d’écrire ces lignes, on l’ignore. Ses parents, depuis leur exil polonais, ont commenté avec gravité la vidéo de sa “repentance” diffusée par les autorités biélorusses en soulignant que leur fils semblait marqué par des ecchymoses. “Il va bien, il est dans un état d’esprit positif”, a commenté, par contre, son avocate. Mais à part ces bribes d’information? Rien ne filtre. On sait, certes, que le tort du jeune journaliste est d’avoir dirigé la chaîne Nexta, un média en ligne qui compte près de deux millions d’abonnés et qui constitue l’une des principales sources d’information de l’opposition biélorusse.

On sait que Roman Protassevitch est, malgré son jeune âge – il a 26 ans –  un vieil opposant au président Loukachenko. À 15 ans déjà, il participait à des manifestations avec ses ­camarades de classe de l’établissement minskois qu’il fréquentait. On sait aussi que son parcours l’a contraint à l’exil en 2019: d’abord en Pologne, ensuite en Lituanie où il a obtenu le statut de réfugié politique et connu sa petite amie Sofia Sapega, une étudiante russe. On sait ­également que plusieurs autres ­passagers sont descendus de l’appareil à Minsk, sans remonter à bord pour ­Vilnius, de quoi nourrir la thèse selon laquelle il s’agirait de membres de ­services secrets au service de la ­Biélorussie.

On sait surtout que, poursuivi par la justice de son pays, le journaliste, que le président ­Loukachenko ­considère, paraît-il, comme un “ennemi personnel”, risque une peine allant de 15 ans de prison à la condamnation à mort. Il a en effet été inscrit par le KGB – le ­service de renseignement biélorusse a gardé son appellation soviétique – sur la liste des “individus impliqués dans des activités terroristes”. L’acte de piraterie aérienne dont sont ­victimes Roman ­Protassevitch et sa ­compagne rappelle un autre temps. Celui d’avant la chute du mur de Berlin. Tout comme Loukachenko. Élu six fois après avoir modifié la Constitution de manière à rallonger la durée de ses mandats et à multiplier leur nombre, le président avait créé, jadis, un groupe politique nommé “Des communistes pour la démocratie”.

Des convictions qui ne l’ont cependant pas empêché de souligner qu’Adolf Hitler n’avait pas, selon lui, “que des mauvais côtés”. Ce parfum de rideau de fer et de parapluie bulgare s’étend sur toute la ­Biélorussie. Le drapeau rouge communiste y orne les rues tous les 9 mai pour célébrer le jour de la victoire contre l’Allemagne nazie. Un solide grillage scelle encore certaines parties de sa ­frontière terrestre. C’est à Minsk que l’on trouve aujourd’hui la plus grande statue de Lénine au monde. Et probablement, dans une geôle, un jeune homme ­courageux à qui un régime d’une Europe d’un autre temps reproche ses mots de liberté.

 

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