Les hôpitaux universitaires sont-ils meilleurs?

Les classements internationaux accordent surtout du crédit  aux établissements académiques, grâce à leurs activités de recherche. Pour autant, les patients n’y sont pas mieux soignés.

Clinique Saint-Luc @BelgaImage

Les hôpitaux qui ont la meilleure réputation ont généralement des activités ­universitaires, c’est-à-dire qu’ils sont actifs dans la recherche. Le classement international de Statista à lire dans nos pages en est la preuve. D’après ce même index, c’est également le cas des meilleurs établissements belges. Sur la première place du podium, on retrouve l’UZ ­Leuven. Les Cliniques universitaires Saint-Luc sont à la première place francophone et troisième nationale derrière l’UZ Gent. Mais qu’est-ce que ce statut change réellement pour les malades? On fait le point.
Le directeur des cliniques Saint-Luc est Renaud Mazy, par ailleurs président de la Conférence des hôpitaux académiques de Belgique (CHAB) dont le but est de “coordonner et défendre des intérêts des sept hôpitaux académiques de Belgique”.

Il rappelle que ces derniers ont des missions particulières afin de “répondre aux évolutions de la société et de trouver des solutions à des problèmes médicaux importants” et de “mettre au point les traitements du futur”. Cette combinaison entre soins, recherche et formation permet de proposer des soins innovants. C’est dans ce type d’établissements qu’ont lieu la recherche pour les vaccins Covid-19, l’usage de technologies de pointe comme le développement de la première unité de protonthérapie (UZLeuven) ou de robots de chirurgie, ainsi que la prise en charge de patients atteints de maladies graves et aiguës. Les hôpitaux académiques se chargent également de réaliser les transplantations, même si d’autres établissements comme le Chirec ont également des activités en chirurgie reconstructrice.

Des normes plus strictes

Julien Compère, administrateur au CHU de Liège, ne prétend pas que les soins y soient de meilleure qualité. “Mais notre vocation universitaire fait que nous essayons toujours de nous améliorer. Dès l’arrivée du Covid-19 par exemple, les établissements universitaires ont tous mis en place des projets de recherche pour comprendre la maladie et essayer de mieux la prendre en charge. De plus, en médecine, il est démontré que plus on fait un type particulier de prise en charge, meilleure est la qualité. Et sur une série de pathologies, les universitaires atteignent cette “masse critique”. Mais globalement, l’ensemble de notre ­système de santé est bon.” Il pointe tout de même une faiblesse: le fait que tous les hôpitaux peuvent ­proposer les mêmes soins. “On espère qu’avec la réforme des réseaux, on pourra mettre en place des fonctions de références suprarégionales et universi­taires. Il y a une série de pathologies qu’on devrait réserver à des centres qui sont en capacité d’améliorer la prise en charge. Dans ce cadre-là, les hôpitaux ­universitaires ont un rôle primordial à jouer.

En outre, ceux-ci ont l’obligation légale de respecter des normes plus strictes comme le fait que 70 % des chefs de service des spécialités médico­-tech­niques doivent être titulaires d’un mandat ­académique ou l’obligation d’avoir plus de personnel (0,6 ETP d’infirmière par lit occupé dans les ­services aigus) que les hôpitaux généraux (0,5 ETP). Ils doivent aussi communiquer un tas de données (nombre de stagiaires et de spécialistes en formation, les références des publications scienti­fiques, etc.) à la Direction générale des établissements de santé du SPF Santé publique.

En échange, ils reçoivent un financement (légèrement) plus favorable que les hôpitaux généraux.
Nos missions garantissent un encadrement un peu plus important, et on a des médecins universitaires qui dans leurs activités journalières ont 3 demi-journées par semaine dévolues à l’académique et la recherche. Ce sont donc des gens qui peuvent prendre en charge des pathologies graves ou aiguës, des maladies rares, poursuit Renaud Mazy. On bâtit des expertises, de sorte que quand les hôpitaux généraux ne savent plus comment traiter les patients, ils nous les réfèrent. On doit être bons dans tous les domaines et on a quand même de l’activité générale. À Saint-Luc, on a le plus grand centre d’urgences du pays. On essaie de trouver un équilibre. Mais pour un soin simple comme une appendicectomie, du moment qu’elle n’est pas surinfectée, il n’y a aucune raison de venir exclusivement dans un hôpital universitaire.

Retrouvez notre dossier « Choisir son Hôpital » dans le Moustique de la semaine

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