Affaire Jürgen Conings : chercher l’erreur

Les enquêteurs traquent la moindre faute du fugitif, introuvable depuis deux semaines, mais aussi les failles à répétition du renseignement.

L'armée et la police rechercent le fugitif depuis deux semaines. - BELGA

Cela fait maintenant deux semaines que Jürgen Conings est en cavale. Alors que les recherches pour le retrouver se poursuivent, sa compagne s’est exprimée dans la presse flamande. « Je suis dans le noir complet », a témoigné Gwendy auprès de nos confrères de Het Laatste Nieuws. « Comme tout le monde, j’ai beaucoup de questions, mais aucune réponse », a confié celle qui a partagé sept ans de sa vie avec le militaire aux affinités d’extrême droite. Jusqu’à ce qu’il prenne la fuite lundi 17 mai, après avoir laissé des lettres d’adieu, contenant des menaces envers l’Etat et plusieurs personnalités publiques, dont le virologue Marc Van Ranst.

Vendredi 21 mai, elle avait lancé un appel au fugitif sur VTM pour qu’il se rende. « Jürgen, si tu es encore en vie, ne fais pas de victimes », avait déclaré, visage flouté, la femme de 46 ans. « Finis-en avec cette histoire. Fais en sorte que tout cela s’arrête. Pour moi, pour ma famille. Qu’importe la manière, mais fais en sorte que ça s’arrête. »

Deux semaines plus tard, l’homme le plus recherché du pays est-il encore en Belgique, voire même en vie ? On l’ignore. Si la piste du suicide n’est pas exclue, la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden a affirmé dimanche n’avoir aucune indication sur un éventuel décès du militaire considéré comme dangereux. « Tant que l’individu n’a pas été retrouvé, l’enquête se poursuit », indique le parquet.

« Tous les fugitifs font une erreur »

Pour l’ancien patron du Fugitive Active Search Team (FAST) Martin van Steenbrugge, il s’agit désormais d’attendre que Jürgen Conings commette une erreur, celle qui permettra de le localiser. « Tous les fugitifs font une erreur », explique sur le plateau de RTL le spécialiste qui a chassé les criminels en cavale pendant plus de 20 ans, dont Thomas Boutens. Après cinq mois de cavale, cet ancien dirigeant condamné du groupe néonazi flamand Bloed-Bodem-Eer en Trouw avait commis l’erreur « de faire connaissance avec une jeune femme sur Facebook ». Il ferait désormais partie des soutiens à Jürgen Conings sur les réseaux sociaux.

Martin Van Steenbrugge, qui précise ne pas connaître le dossier, dit avoir repéré quelques erreurs commises par le fugitif, dont l’utilisation de sa propre voiture, retrouvée près du parc de la Haute Campine avec quatre lance-roquettes et un dispositif piège à son bord. « Elle n’a pas explosé ou pris feu, donc il y a plein de pistes à explorer là-dedans. Les policiers ont certainement déjà repéré tous les trajets qu’il a fait avec sa voiture », estime-t-il, même si ces erreurs n’ont pas encore mené à sa localisation.

Bientôt une réforme du renseignement militaire ?

En attendant, ce sont plutôt les erreurs de la Défense et des services de renseignement qui sont passées au peigne fin. Comment ce militaire fiché comme « extrémiste potentiellement violent » a-t-il pu conserver son accès à un dépôt d’armes et de munitions, tout en étant placé depuis février dernier dans la banque de données de l’OCAM au niveau 3 (sur une échelle de 4) de la menace ? Cette classification qui aurait dû mettre les voyants au rouge n’est pas remontée au sommet du service général du renseignement et de la sécurité. Qu’a-t-il été mis en place ensuite pour surveiller l’intéressé, avant sa fuite ? Des questions sans réponse à ce stade. Mais vu la gravité du dysfonctionnement et de ses potentielles conséquences, des responsabilités à haut niveau devront être assumées et les failles dans la gestion de la sécurité du pays définitivement supprimées.

Car ce n’est pas la première fois que les manquements du renseignement sont pointés du doigt. Ces dernières années, la question de la circulation de l’information est régulièrement revenue comme problème à résoudre. Comme par exemple le fait que le service qui, au sein du Service Général du Renseignement et de la Sécurité, s’occupe des screenings de sécurité, n’a lui-même pas accès à toutes les banques de données du SGRS. Un problème déjà pointé en 2019 par le comité de contrôle de ces services, le Comité R, mais qui depuis n’a pas changé.

L’affaire est d’autant plus brûlante qu’une trentaine de militaires sont actuellement surveillés au même titre que Jürgen Conings pour leurs sympathies avec l’extrême droite. Mais, rappelle André Jacob, ancien commissaire divisionnaire à la Sûreté de l’Etat, être fiché n’empêche pas de continuer d’exercer. « Ce sont des gens qui sont connus pour des pensées ou idées violentes mais qui ne font aucun acte. Ils ne les concrétisent pas », explique l’expert du renseignement. Un principe difficilement modifiable car « on ne condamne pas quelqu’un pour une idéologie d’extrême droite ou gauche tant qu’ils n’ont pas commis d’acte ». La difficulté des instances de surveillance réside donc dans le fait de détecter le moment du passage à l’acte. Espérons que, dans le cas de Jürgen Conings, il ne soit pas trop tard.

Plus d'actualité