Le tennis, un sport de riches ?

C'est reparti pour une quinzaine de Roland-Garros. Sport individuel le plus populaire, le tennis garde pourtant une image de sport des élites. Qu'en est-il vraiment ?

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C’est une image qu’on a pris l’habitude de voir à Roland-Garros : un zoom caméra dans la tribune pour voir le public VIP (acteurs, chanteurs, animateurs…) scruter en silence des champions très propres sur eux. Comme si on restait entre riches, parmi l’élite. Depuis ses débuts, le tennis véhicule en effet cette image de sport de la haute société. Est-ce vraiment le cas ?

 

Naissance dans la haute société anglaise

 

D’un point de vue historique, cela ne fait aucun doute, le tennis est bien un sport de riches ! Adapté du jeu de paume qui était pratiqué par la noblesse au Moyen Age, le tennis est né parmi les membres de la classe aristocratique et de la haute bourgeoisie anglaise au XIXe siècle. Il s’est exporté sur le continent lorsque ces derniers voyageaient pour affaire ou plaisir.

 

Descendant dans des hôtels ou établissements huppés, les Lords insistaient pour que soient construits des courts de tennis… Une partie entre gens de la haute société étant le meilleur moyen de faire des affaires. Une coutume qui, par ailleurs, existe toujours… De manière plus générale, les valeurs liées au tennis restent celles des gentlemen anglais : courtoisie, respect de l’adversaire et tenue correcte exigée.

 

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L’ère de l’ouverture

 

Le tennis se démarque donc des sports de rue (basket, football) qui sont devenus de vrais sports populaires. Conscient de cette image un peu trop policée et dans le but de démocratiser le sport, la fédération internationale de tennis décide en 1968 de passer à l’ère Open. Ce qu’on appelle les tournois Open (l’US Open, l’Australian Open, le French Open, à savoir Roland-Garros et le British Open, soit Wimbledon) ne signifie pas tournoi en plein air, mais tournoi « ouvert » aux professionnels.

 

En effet, jusqu’alors, le tennis se jouait selon deux circuits : le circuit amateur et le circuit professionnel. En réalité, il s’agissait de faire la distinction entre bourgeoisie aisée et classe populaire. Car, même si les professionnels étaient (logiquement) de meilleurs joueurs, c’est bien le circuit amateur qui était le plus suivi et réputé. Pourquoi ? Car les amateurs étaient simplement les joueurs issus de classes aisées qui n’avaient pas besoin de gagner de l’argent en jouant. Les gens de la Haute, donc… Des gens connus ! Du moins, dans le petit milieu fermé des élites…

 

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Démocratisation incomplète

 

L’ère de l’Open qui s’est ouverte en 1968 avait pour but de briser ces frontières et de rendre le tennis plus populaire (dans les deux sens du terme). Une démocratisation qui s’est avérée « incomplète », selon Anne-Marie Waser, autrice de » Sociologie du tennis : Genèse d’une crise, 1960-1990 », citée par Rue 89 : « Ce n’est pas un sport débridé, il ne peut pas être détourné de façon ludique comme les sports de rue. Les arbitres de tous les grands tournois imposent le silence dans les tribunes, il y a un code de politesse… Les règles sont là pour maintenir la tradition ».

 

Cependant, un travail a bel et bien été réalisé en ce sens. Depuis 1968, les adhésions ont été multipliées par trois, le sport touche plus les classes populaires. Certains champions comme les soeurs Serena et Venus Williams sortent même directement de quartiers pauvres (Compton, en l’occurrence, dans la banlieue de Los Angeles, un des endroits les plus violents du monde). Mais le tennis ne peut toujours pas être considéré comme un sport du peuple.

 

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Sport de classe moyenne

 

Il y a plusieurs raisons à cela, toutes très simples et liées au portefeuille. La première est que, pour jouer au tennis et espérer progresser, il est nécessaire de jouer sur un véritable court. Un filet tendu entre deux poteaux ne suffira pas, le rebond de la balle fait partie de l’entraînement. Il faut aussi une raquette et des balles. Or, pour une bonne raquette, il faut compter minimum 30 euros.

 

Ensuite, le fait de devoir jouer sur un véritable court implique, pour la plupart des amateurs, d’être membre d’un club dont il faut payer la cotisation à l’année. Un peu comme pour l’équitation ou le golf. C’est aussi une bonne manière pour rester entre soi, parmi sa classe sociale. Malgré la construction de courts dans nombre de municipalités, le tennis reste donc un sport, peut-être pas d’élite aristocratique, mais en tout cas de classe moyenne. S’il s’agit du sport individuel le plus populaire, ce n’est toujours pas un sport véritablement populaire.

 

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