Joe Biden défend un projet pétrolier en Alaska

Le président américain, qui avait dévoilé un plan ambitieux pour le climat, s'est attiré les foudres des militants environnementaux, en soutenant un projet de forage géant en Alaska.

Joe Biden. - Reuters

Joe Biden semblait avoir tourné le dos à la politique « pro Big Oil » de son prédécesseur. Il avait même suspendu dès son entrée en fonction des concessions pétrolières octroyées in extremis par l’administration Trump dans l’Arctic National Wildlife Refuge (est de l’Alaska). À l’ouest, par contre, dans la réserve nationale pétrolière de l’Etat américain, le président démocrate est beaucoup moins regardant. Son administration a défendu mercredi un projet de forage pétrolier, projet approuvé par les Républicains en octobre 2020.

Les permis d’exploitation de gravier et de construction de routes avaient été délivrés le matin du 20 janvier, juste avant que Joe Biden ne prête serment en tant que 46e président de la nation. Plusieurs groupes environnementaux et autochtones avaient alors intenté une action en justice, accusant les autorités fédérales de ne pas avoir correctement évalué l’impact du projet sur la flore et la faune, notamment sur la migration des caribous et l’habitat de l’ours polaire, ainsi que sur le réchauffement climatique. Mais ce mercredi, l’administration Biden a réfuté leurs arguments. « Le dossier déposé mercredi maintient que la décision était conforme aux normes NEPA (National Environmental Policy Act) en vigueur à l’époque et que les plaignants n’ont pas contesté le dossier dans les délais associés à l’examen environnemental des projets », a déclaré un porte-parole du ministère américain de l’Intérieur.

Arguments politiques

Après avoir suspendu le projet dans la foulée de son élection, Joe Biden a changé d’avis suite à sa réunion lundi avec les sénateurs républicains de l’Alaska, Lisa Murkowski et Dan Sullivan. Les arguments environnementaux ne semblent pas avoir fait le poids face aux arguments politiques et économiques. Le président démocrate cherche en effet le soutien des Républicains modérés afin de faire voter son plan d’investissement massif pour moderniser le pays. Et, note Le Monde, il a fait de l’emploi, en particulier auprès des minorités, le fil directeur de son mandat. Dans ce contexte, refuser le projet de la firme ConocoPhillips dans un État où le Covid-19 a détruit deux sources de revenus, les hydrocarbures et le tourisme, était difficilement envisageable.

Décevant

Néanmoins, ce soutien étonne. D’abord, parce que la ministre de l’Intérieur Deb Haaland, chargée de la supervision des terres fédérales, s’était dite opposée au projet du géant pétrolier du Texas en 2020, lorsqu’elle était parlementaire. Mais aussi, parce que le président américain dit avoir fait de la lutte contre le réchauffement climatique un de ses objectifs majeurs.

Baptisé Willow, ce projet pétrolier consisterait en cinq zones de forage susceptibles de produire jusqu’à 160.000 barils de pétrole par jour dès 2024 pendant trente ans. Il impliquerait la construction d’une mine de graviers, d’une piste d’atterrissage, plus de 900 kilomètres de routes sur glace et plus de 500 kilomètres d’oléoducs dans un espace grand comme la Belgique et les Pays-Bas réunis, selon Le Monde.

Dans une région arctique qui se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète, le projet y sera vulnérable. À tel point que ConocoPhillips prévoit d’installer des refroidisseurs dans le permafrost afin qu’il soit suffisamment solide pour accueillir ses routes et équipements de forage.

« C’est incroyablement décevant de voir l’administration Biden défendre ce projet désastreux pour l’environnement », a regretté dans The Guardian Kristen Monsell, avocate au Center for Biological Diversity, l’un des groupes qui avaient intenté une action en justice. « Le président Biden a promis une action climatique et notre climat ne peut pas se permettre de nouveaux projets de forage pétrolier plus importants. » « L’administration Biden avait l’opportunité de se mettre du côté des communautés autochtones (…) et d’arrêter un projet qui nuira à notre peuple et au climat, mais elle a choisi de ne pas saisir cette opportunité », a déploré dans un communiqué un autre plaignant Siqiñiq Maupin, directeur de Sovereign Iñupiat for a Living Arctic.

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