La cavale de Jürgen Conings rappelle l’affaire Champenois

En 1964, un bûcheron fugitif avec cent hommes à ses trousses s'était caché plus d'une semaine dans la forêt de Gaume, devenant le criminel le plus connu de Belgique.

Belga

Cela fait plus d’une semaine que Jürgen Conings se cache dans les bois de Haute-Campine – du moins le pense-t-on. Malgré une chasse à l’homme lancée au niveau belge et international, toujours pas de trace du fugitif. Cette cavale en rappelle une autre qui a défrayé la chronique belge dans les années 60 : l’affaire Champenois.

En 1964, Roger Champenois était recherché pour le meurtre de sa femme. Il s’était réfugié dans la forêt de Gaume, au nez et à la barbe d’une centaine de policiers et militaires, partis sur sa trace avec l’aide de chiens et, une première, d’un hélicoptère équipé d’un détecteur de métal. Ce n’est que huit jours plus tard qu’il fut arrêté. Il avait été trahi… par son urine.

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Mouton noir du village

Le début de sa cavale avait débuté le 23 août 1964, six mois après avoir été entendu par la police dans le cadre de la disparition de sa femme à l’été 1963. Il avait alors gardé un silence total, disant simplement qu’elle n’avait plus donné de signe de vie depuis qu’il l’avait emmenée à la gare d’Arlon afin qu’elle aille visiter sa tante.

Dans la région de Habay, pourtant, on a toujours regardé d’un oeil mauvais le Roger. Le couple qu’il formait avec Madame était tellement mal assorti. Elle avait 25 ans de plus que lui, était issue d’une bonne famille de Bruxelles et détestait la campagne gaumaise. Plus que tout, elle détestait être coincée avec son mari, un jeune bûcheron qui n’avait fait aucune étude. Dans le couple, elle était du genre autoritaire, et lui plutôt soumis à ses colères. Jusqu’au jour où…

Que s’est-il passé ? Il ne le dira que bien plus tard. En attendant, la police le soupçonne fortement. Relâché faute de preuve au printemps 64, Champenois n’en est pas moins devenu la cible du voisinage… Les rumeurs ont enflé, les commérages aussi. « Champenois, cet assassin ! » « Evidemment qu’il a tué sa femme ! »

L’odeur de l’urine

Las d’être pointé du doigt, il prend la fuite à l’aube du 23 août 1964. Entrant dans une épicerie dans le village de Houdemont, il agresse une épicière d’un coup de crosse de hache, fait le plein de victuailles et enlève la fille de la commerçante. On la retrouvera quelques heures plus tard, saine et sauve. Champenois, lui, est en cavale. Et sans mot dire, il vient de se trahir.

Après trois jours de recherches, le fugitif reste introuvable. Une opération d’envergure est alors mise sur pied. Une centaine d’hommes, gendarmes et militaires, chiens et hélicoptère doivent ratisser 300 ha de forêt. Les jours passent, on retrouve son fusil, mais pas l’homme.

Champenois connaît la forêt comme sa poche, c’est son métier, il sait où se cacher et comment survivre. Il se nourrit de champignons et de fruits sauvages. La nuit, il tente une percée vers quelque ferme de village où il dort d’un oeil, caché dans des bottes de foin. Mais le matin du 1er septembre, un villageois l’aperçoit et prévient les patrouilles. Cette fois, il ne leur échappera pas.

Et pourtant, ce n’est pas grâce à la clairvoyance de la police que Champenois sera appréhendé, mais grâce au flair des chiens. Caché en haut d’un chêne, le bûcheron n’a pas pu retenir une envie pressante. Quelques gouttes d’urine coulant le long du tronc ont suffi pour alerter les canidés. Les gendarmes n’ont eu qu’à lever la tête et cueillir le fugitif.

Dupuis

Travaux forcés

Le 25 octobre 1965, à l’âge de 36 ans, Roger Champenois comparaît devant la cour d’Assises d’Arlon pour le meurtre de son épouse. Fidèle à lui-même, il ne dira pas un mot. Le procès se conclut pourtant par une condamnation aux travaux forcés à perpétuité. Sans aveux, ni cadavre…

Champenois purge sa peine. De temps à autre, il bénéficie de congés pénitentiaires pour bonne conduite. Un jour de 1977, lors d’une sortie, il décide de ne plus revenir et part de nouveau se cacher dans la forêt. Cette fois, les gendarmes le retrouvent facilement et il passe aux aveux : la mort de sa femme était un accident. « Elle voulait me tirer dessus avec son fusil mais comme il y a un bon dieu, elle m’a loupé et c’est elle qui est tombée dans l’escalier ». Quant  à son corps… Il l’avait enterré dans la grange avant de couler une dalle de béton dessus.

Jusqu’à sa mort en 2005, Roger Champenois a ruminé son histoire au comptoir des bars de villages gaumais. Une histoire qui devint presque légende et qui a aussi été racontée en bande dessinée par Jean-Claude Servais dans « La Hache et le Fusil » (Dupuis, 1994).

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