Quand les réunions en ligne réveillent les complexes physiques

Depuis plus d’un an, les visioconférences exposent nos imperfections physiques en mode full screen. Conséquence: un boom des interventions de chirurgie esthétique.

Zoom meeting @Unsplash

Notre mode de vie contrarié ces quinze derniers mois a souligné des valeurs essentielles: la santé, les ­proches, les liens professionnels ou éducatifs, le respect de l’autre, la solidarité, la liberté. Et puis, il y a quelques surprises… “Les délais de consultations ont augmenté considérablement, indique le Dr Serge De Fontaine, spécialiste en chirurgie plastique, réparatrice et esthé­tique. Mais je ne pourrai pas vous parler plus longtemps, je suis littéralement débordé de travail.” Le médecin nous renseignera l’une de ses collègues qui confirmera, pour la Belgique, une tendance que semblent dessiner d’autres informations: l’augmentation considérable de l’intérêt du public pour les interventions visant à améliorer son ­apparence physique. Si l’ISALPS, l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery, nous informe qu’elle ne peut confirmer la tendance parce qu’elle procède à la collecte des informations qui nourrira son enquête annuelle globale, la Fédération américaine de chirurgie plastique est plus diserte.

Les faux visages de la pandémie

Les ressources médicales habituellement allouées à la chirurgie plastique ont été, en 2020, soit inutilisées soit allouées à la pandémie. De sorte qu’en 2021, le marché américain, mécaniquement, a tendance à rattraper son retard. Ce qui était ­programmé en 2020 et n’a pu être réalisé s’est vu simplement reprogrammé durant 2021. Mais une enquête réalisée il y a quelques semaines par les chirurgiens esthétiques américains établit de nouvelles réalités. D’une part, il y a 11 % de plus de femmes intéressées par la chirurgie esthétique et les traitements plastiques qu’avant l’épidémie. D’autre part, la typologie des opérations a changé. En effet, depuis 2006 l’augmentation du volume des seins était l’opération la plus demandée. Bien installée en haut du classement. Elle est à présent détrônée par la rectification du nez qui prend la première place. Mais il y a plus surprenant.L’augmentation de la poitrine a dégringolé en un an de la première à la… cinquième place. Sur la seconde marche du podium, on trouve désormais le lifting des paupières, sur la troisième, le lifting du visage et sur la quatrième, la liposuccion. Comme le conclut le rapport: la pandémie a ­provoqué un boom dans la demande américaine des interventions relatives au visage.

La téléconférence, ça grossit

Deux ou trois fois plus de demandes pour de la rhinoplastie ou des paupières tombantes”, rapporte le Dr Chris Moss, une référence mondiale en la matière, qui pratique en Australie, pays où la population dépense le plus d’argent pour la chirurgie esthétique. Le corps médical y a d’ailleurs qualifié le phénomène de l’explosion des interventions faciales due à la pandémie. Il l’a appelée la “Zoom Face Envy”. “À force de se voir à l’écran sous un jour peu flatteur, les gens se sont mis à scruter leurs imperfections et à vouloir changer leur apparence.

Une tendance constatée en France également. Où l’on rapporte une forte hausse de la demande d’injections d’acide hyaluronique pour combler les cernes et les sillons et de toxine botulique qui détend les muscles. La Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens, par la voix de son président, tempère toutefois le phénomène. Et pointe le fait que le télétravail a dégagé pour certains et certaines des plages horaires dont ils ou elles ne disposaient pas auparavant et qu’ils ou elles peuvent consacrer à leur apparence. Certains ­ont par ailleurs fait des économies et les ont consacrées à une dépense qui n’était pas dépendante de l’ouverture des frontières ou de quarantaines. Ils peuvent ainsi “voyager” en se regardant dans le miroir…

Derrière le nouveau masque

En Belgique, on n’a toujours pas repris un volume normal d’activités, corrige la Dr Vanessa Mendes (hôpital Érasme). Dans les hôpitaux, par manque de personnel, on n’a pas pu reprendre notre niveau habituel, même entre les vagues épidémiques. En revanche, en consultation, l’intérêt pour la chirurgie plastique et esthétique croît. Il est probable que cette augmentation soit liée au fait de se voir plus souvent qu’auparavant à cause des visioconférences auxquelles on est confrontés maintenant. C’est vrai qu’on parle de prise de poids provoquée par le confinement. Des kilos qu’on remarque sur l’écran. L’envie également de se faire plaisir, de “se récompenser” de cette période difficile. J’ai eu ces dernières semaines des remarques de patientes qui allaient dans ce sens-là.

Mais la Dr Mendes évoque une autre piste que celle de “l’effet Zoom”… “J’ai toujours entendu dire durant ma formation qu’il y avait plus de patients souffrant de troubles psychiatriques parmi ceux qui recourent à la chirurgie esthétique que chez les autres. C’est tous troubles confondus: dépression, anxiété, troubles alimentaires… J’ai pu objectiver ce phénomène en collaboration avec une étudiante qui a réalisé une étude sur le sujet. C’est une étude rétrospective: on a donc analysé d’anciens dossiers. Et il semblerait que cela se confirme, il y a plus de “faiblesses” ­psychiatriques parmi nos patients.”

Être confronté plus souvent à sa propre image réveillerait-il ces faiblesses? Tout comme le fait d’être confiné? Ce sera l’objet d’une étude à venir. Mais c’est plus que probable. La praticienne ­évoque également, pour le futur, une augmentation stable des consultations qu’elle lie à l’installation durable du télétravail dans nos modes de vie. “Les gens sont plus attentifs à l’image qu’ils renvoient en vidéo ou en photo qu’en présentiel. Étant donné qu’on va tous et toutes passer plus de temps à se voir lors de visioconférences, il semble évident que va   s’installer durablement une attention plus soutenue   à nos apparences: coiffure, dentition, visage…” Refaites votre sourire, vous êtes filmé.

 

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