L’histoire tragique du Sénégalais réconforté à Ceuta

Des journalistes espagnols ont retrouvé sa trace après que sa photo sur une plage de l’enclave espagnole soit devenue virale.

Capture d'écran Twitter Croix-Rouge

Lorsqu’elle a réconforté un migrant en pleurs à Ceuta, Luna Reyes, une bénévole de la Croix-Rouge espagnole, ne se doutait pas de l’importance de ce moment. La scène, immortalisée le mardi 18 mai par des photographes, a été relayée dans le monde entier en un rien de temps. Cela a même valu à cette jeune femme de 20 ans d’être harcelée, notamment par des partisans du parti d’extrême-droite Vox. Mais sur le coup, personne n’a pensé à demander à l’homme qu’elle consolait comment il s’appelait. Seule indication sur son identité: il est Sénégalais. Impossible aussi de savoir ce qu’il est devenu, du moins jusqu’à ce que les médias espagnols retrouvent sa trace et relayent son parcours.

En quête d’un avenir

Comme près de 7.500 des 8.000 à 9.000 migrants arrivés à Ceuta la semaine dernière, ce Sénégalais a été expulsé au Maroc par les autorités espagnoles. Il s’appelle Abdou et a 27 ans. Comme le fait savoir la presse espagnole, il a été recueilli dans son pays natal par sa grand-mère après être devenu orphelin, tout comme son grand frère. Très vite, il s’avère impossible pour eux de vivre avec le peu d’argent qu’ils ont à l’époque. Il y a cinq ans, les trois partent au Maroc, où ils habitent depuis ensemble dans un minuscule appartement de Casablanca, dans des conditions précaires.

Mais comme le raconte Abdou à la RTVE, son travail de maçon ne rapporte pas assez pour soutenir financièrement sa famille. Son objectif, c’est d’atteindre l’Espagne. Il rêve d’y faire sa vie et de voir jouer son équipe de football préférée, le Barça. Mais au-delà, il s’agit surtout d’apporter une aide suffisante à sa grand-mère.

La semaine dernière, il apprend que le Maroc n’empêcherait plus pendant un temps les migrants de passer à Ceuta, l’enclave espagnole située sur les côtes africaines. Pour Abdou, qui avait déjà tenté le voyage auparavant avec son frère, c’est une occasion à ne pas rater. En compagnie de son aîné, il part directement à Tanger puis à Fnideq, la ville marocaine située à la frontière avec Ceuta. C’est de là qu’il tente sa chance. «Nous marchions de sept heures de l’après-midi à six heures du matin», raconte Abdou, qui arrive alors à l’ultime étape: la frontière. Il contourne à la nage le brise-lames de la plage de Tarajal, située à l’extrémité sud du territoire de Ceuta, assurant qu’à ce moment-là, il ne craint pas de mourir. Après 20 minutes, il arrive à Tarajal. Épuisé par un long voyage, c’est là qu’il s’effondre en larmes dans les bras de Luna Reyes.

Retour à la case départ

La suite est moins réjouissante pour lui. Comme la très grande majorité des migrants arrivés à Ceuta, il est expulsé. Lui qui rêvait de mener «une nouvelle vie, une vie digne» en Espagne, le voilà de retour à Casablanca. À cause des conditions du voyage, il est tombé malade et tousse encore beaucoup.

Lorsque la RTVE le retrouve, elle le met en contact avec Luna Reyes, pour que chacun puisse prendre des nouvelles l’un de l’autre. Lorsque la bénévole lui demande comment il va, les larmes reviennent sur le visage d’Abdou et il ne manque évidemment pas de la remercier. «Jamais je ne pourrai oublier son geste», confie le Sénégalais. Il apprend aussi qu’elle est devenue la cible d’attaques sur les réseaux sociaux. «Je ne comprends pas pourquoi ils ont attaqué Luna. Elle vient de faire son travail. Cela m’a consolé, cela m’a réconforté, c’était un geste humain», déplore-t-il. Aujourd’hui, malgré cette histoire, il espère toujours passer en Europe, pour le bien de sa famille.

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