Accusée d’antisémitisme, Dua Lipa riposte

Les accusations d'antisémitisme à l'encontre de la chanteuse britannique, après ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, relancent à nouveau le débat sur sa définition.

Dua Lipa. - AFP

En voilà une drôle de publicité. Parue dans le numéro du 22 mai du New York Times, une annonce accuse ouvertement Dua Lipa d’être antisémite. La chanteuse britannique apparaît sur cette pleine page aux côtés de ses belles-soeurs, les mannequins Gigi et Bella Hadid, également visées par ces accusations.

L’encart publicitaire, financé par l’organisation juive du rabbin Shmuley Boteach, World Values ​​Network, affirme que les trois femmes ont « accusé Israël de nettoyage ethnique » et « vilipendé l’État juif ». « Si Bella, Gigi et Dua se souciaient des Palestiniens, elles devraient envisager de condamner, non pas Israël, une société libre, mais le Hamas, une secte assoiffée de sang. » Dans sa version en ligne, la campagne de publicité utilise un langage encore plus virulent, les accusant de répandre de la « bile antisémite pour diaboliser le peuple juif ».

La réaction de Dua Lipa

« Je rejette catégoriquement les allégations fausses et épouvantables qui ont été publiées aujourd’hui dans la publicité du New York Times diffusée par le World Values ​​Network », a réagi Dua Lipa sur Twitter. L’artiste de 25 ans estime que « c’est le prix à payer pour défendre les droits humains des Palestiniens, contre un gouvernement israélien dont les actions en Palestine sont qualifiées par Human Rights Watch et l’ONG israélienne B’Tselem de persécution et de discrimination ».

« Je défends cette position parce que je crois que tout le monde – juifs, musulmans et chrétiens – a le droit de vivre en paix en tant que citoyens égaux de l’État de son choix », poursuit l’interprète de « Levitating », sacrée lors des derniers Brit Awards. Et de conclure : « Le World Values ​​Network utilise sans vergogne mon nom pour faire avancer son horrible campagne avec des mensonges et des fausses déclarations flagrantes sur qui je suis et ce que je représente. »

Nouvelle définition de l’antisémitisme

Cette polémique s’inscrit dans une tendance croissante à assimiler la critique des politiques de l’État israélien à de l’antisémitisme. Sa redéfinition par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) suscite d’ailleurs la controverse depuis 2016. En visant à qualifier d’antisémite « toute attaque à l’encontre de l’État d’Israël », elle freine toute velléité de critique politique et de soutien des droits du peuple palestinien. Dans sa publicité, l’organisation juive soutient également que les critiques d’Israël et le sionisme sont des formes d’antisémitisme.

En réaction à cette définition, quelque 200 spécialistes internationaux ont publié en avril dernier la « Déclaration de Jérusalem », qui se veut le meilleur outil de travail en date afin de fournir une définition de l’antisémitisme de manière concise, accompagnée d’une série de lignes directrices. L’objectif est double : renforcer la lutte contre l’antisémitisme et protéger un espace pour un débat ouvert sur la question controversée de l’avenir d’Israël/Palestine. La critique d’Israël en tant qu’Etat est ainsi répertoriée comme étant « un exemple qui, à première vue, n’est pas antisémite ». À l’inverse, tenir les Juifs collectivement responsables de la conduite d’Israël ou leur demander de condamner publiquement l’Etat hébreu relève de l’antisémitisme.

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