Bélarus : ce que l’on sait du détournement du vol Ryanair

Le Bélarus a détourné dimanche vers Minsk un avion de Ryanair afin d'arrêter un passager, le jeune militant d'opposition Roman Protassevitch.

Un chien renifleur inspecte les bagages d'un avion Ryanair, détourné par le Bélarus. - AFP

Dimanche, un chasseur MiG-29 a décollé sur ordre personnel du président Alexandre Loukachenko pour intercepter un vol de la compagnie Ryanair effectuant la liaison Athènes-Vilnius. L’avion qui se trouvait à ce moment-là dans l’espace aérien bélarusse a été forcé d’atterrir sur Minsk, suscitant la colère des Européens.

Nouveau bras de fer

Pour les Occidentaux, il s’agissait d’un détournement, et même de « terrorisme » étatique, destiné à arrêter Roman Protassevitch, ancien rédacteur en chef de l’influent média d’opposition bélarusse Nexta, présent à bord. Celui-ci a joué un rôle clé dans l’organisation du mouvement de protestation contre Alexandre Loukachenko durant l’été et l’automne 2020. Le jeune opposant de 26 ans, considéré comme un terroriste par les autorités bélarusses depuis novembre, ainsi que sa compagne, Sofia Sapéga, ont été interpellés à l’aéroport, après l’atterrissage d’urgence de l’appareil.

« C’était effectivement de la piraterie aérienne, sanctionnée par l’Etat », a déclaré le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney. « Nous ne pouvons permettre à cet incident de se produire avec des avertissements ou de forts communiqués de presse » comme réponse, a-t-il ajouté, appelant à des « sanctions ». Pour l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk, également ex-Premier ministre polonais, Loukachenko « est devenu une menace non pas seulement pour ses propres citoyens, mais aussi pour la sécurité internationale ».

L’arrestation du militant a été immédiatement condamnée par la figure de l’opposition bélarusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa. Sur Twitter, elle a assuré que Roman Protassevitch encourait « la peine de mort ».

Alerte à la bombe

De son côté, le Bélarus a balayé les critiques internationales, assurant être intervenu suite à une alerte à la bombe, qui s’est avérée être mensongère. « Il n’y a aucun doute que les actions de nos organes compétents étaient en conformité avec les règles internationales », a affirmé le ministère des affaires étrangères sur son site, rejetant les « accusations sans fondement » de pays européens, accusés de « politiser » l’incident.

Face à l’avalanche de critiques, l’ex-république soviétique a reçu le soutien de la diplomatie russe, dont la porte-parole Maria Zakharova s’est dit « choquée », sur Facebook, par la réaction des Occidentaux.

Une militante avec un panneau sur lequel est inscrit "où est Roman"

Les explications de Ryanair

Le patron de la compagnie aérienne irlandaise Michael O’Leary a affirmé lundi que des agents des services de sécurité bélarusses (KGB) ont pu se trouver dans l’avion détourné. « Il apparaît que l’intention des autorités était de faire sortir un journaliste et la personne qui voyageait avec lui », a-t-il expliqué sur la radio irlandaise Newstalk, évoquant un incident « très effrayant » pour les passagers et l’équipage.

Vers de nouvelles sanctions ?

Suite à ce détournement, l’Union européenne, en sommet lundi et mardi, doit examiner lundi soir de nouvelles sanctions contre le régime autoritaire de Minsk. Réunis à Bruxelles, « les dirigeants européens discuteront de cet incident sans précédent. Il ne restera pas sans conséquences », a annoncé le président du Conseil européen Charles Michel, appelant les autorités bélarusses à relâcher le militant.

Le secrétaire général de l’Otan a dénoncé « un incident sérieux et dangereux » et réclamé « une enquête internationale », tandis que l’Organisation de l’aviation civile internationale, organisme rattaché à l’ONU, a avancé que l’atterrissage forcé « pourrait être une violation de la convention de Chicago », qui protège la souveraineté de l’espace aérien des nations.

Fin février, les Vingt-Sept avaient déjà décidé de prolonger jusqu’en février 2022 les sanctions imposées à Alexandre Loukachenko ainsi qu’à d’autres responsables de son gouvernement, après l’élection présidentielle d’août 2020 jugée « truquée » et la violente répression de la contestation qui avait suivi. Ces sanctions occidentales n’avaient donné aucun signe sérieux de compromis face au mouvement de contestation, renforçant au contraire la répression.

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