L’inquiétante montée de l’antisémitisme

Les messages et agressions antisémites ont augmenté à travers le monde, suite au regain de violences entre Israël et le Hamas.

Un homme portant une kippa en Allemagne. - AFP

Critiquer la politique colonialiste du gouvernement israélien est une chose. Critiquer, insulter et attaquer les Juifs partout dans le monde sous prétexte de soutien aux Palestiniens en est une autre. Israël et le Hamas ont beau avoir conclu un cessez-le-feu, mettant ainsi un terme à onze jours d’affrontements meurtriers, les tensions entre les deux parties sont toujours vives et s’exportent au-delà de leurs frontières. Depuis le retour au premier plan international de ce conflit qui n’a jamais cessé, beaucoup en profitent pour déverser leur haine contre les Juifs.

C’est ce que constate en tout cas Human Rights Watch en Europe. Mais aussi aux Etats-Unis, où l’Anti-Defamation League (ADL) constate « une flambée dangereuse et drastique » des crimes de haine antisémites, à la fois en ligne et hors ligne, depuis le regain de violences au Moyen-Orient.

Pas de place pour la haine

En Allemagne, deux synagogues et une pierre commémorative pour une autre synagogue détruite par les Nazis en 1938 ont été vandalisées la semaine dernière. Au Royaume-Uni, un rabbin a été attaqué en pleine rue. À Vienne, comme à Bruxelles, des slogans antisémites ont été scandés lors de manifestations pro-palestiniennes.

« Quiconque attaque une synagogue, quiconque endommage des symboles juifs montre qu’il ne s’agit pas de la critique d’un État, de la politique d’un gouvernement, mais d’une agression et de haine contre une religion et ceux qui y appartiennent », a déclaré lors d’une conférence de presse le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert. « Ceux qui utilisent ces manifestations pour crier leur haine des Juifs abusent du droit de manifester », a-t-il fustigé. « Notre démocratie ne tolérera pas les manifestations antisémites. »

« Quelle que soit la situation au Moyen-Orient, il n’y a aucune excuse pour importer les préjugés dans les rues de notre pays. Sous aucune forme », a déclaré jeudi le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Après une série d’attaques visant des Juifs à New York, mais aussi ailleurs aux Etats-Unis, le maire de la Grosse Pomme Bill de Blasio a dénoncé cette haine inquiétante. « L’antisémitisme que nous constatons dans tout notre pays n’est pas isolé et ne se résume pas à quelques incidents. Cela fait partie d’un schéma horrible et constant. L’histoire nous apprend que nous ignorons ce modèle à nos risques et périls. »

Il y a du boulot

Les preuves de la montée de l’antisémitisme à travers le monde sont devenues impossibles à ignorer. Dans de nombreux pays, les actes antisémites recensés sont en hausse depuis plusieurs années. Fin 2018, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne constatait que 89% des personnes juives vivant en Allemagne, en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Espagne, en France, en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne, au Royaume-Uni et en Suède avaient le sentiment que l’antisémitisme avait augmenté dans leur pays ces dix dernières années. Un sentiment d’inquiétude croissant qui conduisait 38 % d’entre eux à avoir envisagé d’émigrer.

Chez nous, l’antisémitisme est en hausse depuis plus de dix ans, selon Unia. En 2018, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme avait d’ailleurs reçu 101 dossiers à ce propos, soit près du double de l’année précédente. Et puisque les crimes de haine sont généralement sous-rapportés, les chiffres réels de l’antisémitisme en Belgique et ailleurs sont vraisemblablement beaucoup plus élevés.

Pour contrer cette déferlante de haine, le directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch Benjamin Ward propose une piste. « Il y a du travail à faire dans le domaine de l’éducation, à la fois en histoire et en éducation à la citoyenneté, pour s’assurer que les Européens comprennent les horreurs de l’Holocauste, l’impact profond des idéologies fondées sur la haine, et pour faire la différence entre la critique légitime des gouvernements et les expressions de haine fondées sur la religion, y compris contre les musulmans. »

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