Sondage: le vote nationaliste flamand atteint un nouveau pic

Près de la moitié des Flamands voteraient désormais pour le Vlaams Belang ou la N-VA. Un véritable paradoxe vu que l’électeur moyen reste positionné au centre.

Les présidents de la N-VA et du Vlaams Belang, Bart de Wever et Tom Van Grieken, le 26 mai 2019 @BelgaImage

La Flandre continue sa radicalisation à droite. C’est le principal enseignement du sondage de la VUB et de l’Université d’Anvers paru ce samedi, commandé par la VRT et De Standaard. Ensemble, le Vlaams Belang et la N-VA recueillent 46,2% des voix et les deux partis sont en hausse. Le CD&V continue quant à lui sa descente aux enfers. Un constat qui peut paraître étonnant vu que le parti le plus proche de l’électeur flamand moyen est… le CD&V! Mais la machine nationaliste a d’autres cartes en main et grâce à cela, elle balaye tout sur son passage.

Le CD&V perd le tiers de ses électeurs

Celui qui arrive au sommet du podium, c’est à nouveau le Vlaams Belang. Il est même à son summum historique avec 24,7% des 1908 électeurs sondés qui voteraient pour lui. Derrière, on retrouve la N-VA. Elle avait chuté l’année passée, passant de 24,8% en 2019 à 20,3% en 2020. Aujourd’hui, elle se remplume avec 21,5%.

Les cinq autres partis se partagent les miettes, avec des scores plus ou moins similaires. Vooruit continue lentement sa montée avec 12%, l’Open Vld reste stable par rapport à 2020 avec 11,5%, tout comme Groen qui récolte 10,9%. Par contre, c’est la catastrophe pour le CD&V qui n’a que 10%, contre 15,4% en 2019. Reste le PVDA qui perd quelques dizaines de pourcent avec 7,9%.

Des vases communicants

Ce samedi, la presse flamande tente d’expliquer les raisons du succès nationaliste et du cauchemar des démocrates chrétiens. Selon l’un des auteurs du sondage, le professeur Stefaan Walgrave (de l’Université d’Anvers), le Vlaams Belang continue de vampiriser les voix de la N-VA en misant un peu moins sur le thème migratoire mais plus sur la crise sanitaire. Le parti de Bart De Wever souffre en effet de la frustration née avec la persistance de l’épidémie, et s’il continue à monter, c’est parce qu’il capte à son tour les votes du CD&V.

Mais la N-VA n’explique pas à elle seule la chute du CD&V. Vooruit et l’Open Vld bénéficient eux aussi de son effondrement électoral. Pour Stefaan Walgrave, la conclusion est claire. La position centrale du CD&V dans la politique flamande qui faisait autrefois sa force est devenue sa faiblesse. Si le parti veut prospérer de nouveau, il pourrait être amené à faire un choix cornélien: partir à gauche ou à droite.

Des électeurs éloignés de leurs propres partis

Le paradoxe, c’est qu’en plaçant les électeurs flamands sur l’échiquier politique, les auteurs de l’étude ont remarqué que ceux-ci restent en moyenne très au centre. Les Flamands sont même légèrement de centre-gauche lorsqu’ils sont interrogés sur des thématiques socio-économiques.

Quand on place les partis sur ce même tableau, tous ont pourtant tendance à s’éloigner de ce point central. À droite, le Vlaams Belang est le champion du conservatisme culturel, l’Open Vld se distingue par son attachement au libéralisme économique et la N-VA fait un mélange des deux. À l’autre bout de l’échiquier, Groen est le parti le plus à gauche sur le plan socio-culturel alors que le PVDA a le même statut sur le plan socio-économique. Vooruit est plus modéré sur ces deux thématiques mais est quand même résolument à gauche.

Seul un parti se positionne plus ou moins au centre: le CD&V. Malgré sa proximité avec l’électeur moyen, il continue toutefois sa chute dans les sondages. Autrement dit, les Flamands votent souvent pour un parti plutôt éloigné de leurs propres positions politiques. Fait pour le moins étonnant: les électeurs nationalistes sont en moyenne de centre-gauche sur le plan socio-économique! S’ils votent pour le Vlaams Belang ou la N-VA, c’est pour leur tendance conservatrice sur les thématiques socio-culturelles mais même là, ils ont des positions moins extrêmes que celles de leurs partis.

L’un des principaux enjeux pour les politiques flamands, cela va maintenant être de capter les indécis. Sur les sujets socio-économiques, ceux-ci sont très majoritairement de gauche. Par contre, ils sont très partagés sur l’axe socio-culturel. La bataille s’annonce donc féroce. Vont-ils être plus attirés par le conservatisme des nationalistes, ou par le rejet du libéralisme à gauche? À noter en tout cas qu’aucun parti ne se positionne exactement là où l’électeur flamand moyen se situe. Même le CD&V est socio-économiquement trop à droite pour s’y placer.

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