L’immunité collective, un objectif inatteignable ?

De plus en plus de Belges présentent des anticorps contre le coronavirus, selon les dernières données de Sciensano. Reste à voir si l’immunité collective pourra être atteinte dans toutes les tranches de la population.

©BELGAIMAGE-175967930

« Les chiffres vont dans le bon sens », a déclaré Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral « Covid-19 » lors de la traditionnelle conférence de presse du vendredi. La tendance à la baisse constatée depuis plusieurs semaines se confirme une nouvelle fois, que ce soit au niveau des contaminations (-26% par rapport à la semaine précédente), des hospitalisations (-14%), des patients aux soins intensifs (-13%) et des décès (-43%).

Entre le 14 et le 20 mai, près de 124 admissions à l’hôpital par jour (123,9) ont été recensées pour une infection au coronavirus. Il s’agit d’une baisse de 20%. Le seuil des 75 admissions par jour, une des balises les plus importantes pour garantir un déconfinement le plus sûr possible, pourrait être franchi début juin. Quant à l’objectif des moins de 500 lits en soins intensifs, il serait atteignable dès la fin de la semaine prochaine.

Seuil théorique

Depuis le début de la pandémie un autre chiffre, emblématique, a été martelé par les experts : celui des 70% d’immunité collective nécessaires pour éteindre la circulation du virus, et reprendre, une bonne fois pour toute, une vie normale. Or, si on en croit les dernières données de Sciensano, on en est encore loin. Selon l’institut de santé publique, 28,9% de la population adulte belge possédait des anticorps contre le coronavirus durant la première moitié du mois d’avril. Il ne faut pas y voir qu’un effet de la vaccination : parmi les participants non encore vaccinés, 19,4% possédaient des anticorps. En comparaison, l’immunité collective en Belgique tournait autour de 4 à 6% il y a un an, aux prémices de l’été.

Ces données restent des estimations, mais qu’importe : pour Yves Coppieters, la barre des 70% d’immunité collective est de toute façon un « taux assez théorique, qui n’est plus très valable. Quand on fait des modèles avec des variants du Covid qui sont 30 % plus contagieux, on arrive à 80 ou 85 %[nécessaires] », expliquait le professeur de santé publique (ULB) dans l’Avenir. Des seuils inatteignables par le seul biais de la vaccination, selon l’épidémiologiste. « Dans certains groupes, comme les plus de 65 ans, on va atteindre l’immunité voulue. On y est déjà, d’ailleurs. Mais dans d’autres groupes, on ne va jamais y arriver. Notamment chez les jeunes et les enfants (…) On aboutira à une immunité partielle ».

Ce qui ne doit évidemment pas influer sur la stratégie poursuivie ; la vaccination reste capitale, moins pour éradiquer le virus que pour relâcher la pression sur les hôpitaux et pour drastiquement limiter le nombre de décès et de formes graves de la maladie. « Éradiquer le virus, on ne pourra pas. Nous ne sommes pas seuls, sur une île. Il va continuer à circuler à l’échelle de la planète. Il y a les asymptomatiques, que l’on est incapable d’identifier, et tous les réservoirs animaux. Tous les pays qui visaient une stratégie zéro Covid ont compris qu’ils ne l’atteindraient pas. Mais on va limiter la circulation », balisait Yves Coppieters, se disant « optimiste ». Tout en rappelant les autres outils nécessaires à côté de la vaccination, comme le testing, le suivi des contacts et la prise en charge efficace des patients.

Plus d'actualité