Médecins assistants : les raisons de la grève

Leurs revendications n'ayant pas été entendues, les candidats spécialistes ont décidé de faire grève à partir de ce jeudi pour réclamer une médecine plus humaine.

Les médecins en formation débrayent à partir de ce jeudi. - BELGA

C’était la réunion de la dernière chance. Ce 19 mai, la Commission paritaire nationale médecins-hôpitaux s’est réunie afin de négocier un nouveau contrat pour les MACS, soit les médecins assistants candidats spécialistes, et harmoniser leurs conditions de travail au niveau fédéral. Ces derniers avaient prévenu : s’ils en ressortent déçus, ce sera la grève à partir de ce jeudi pour une durée indéterminée. Et c’est malheureusement ce qu’il s’est passé.

« Nous n’avons pas du tout été écoutés », a regretté mercredi soir le président du Comité interuniversitaire des MACS Jean-Michel Mot. « Les hôpitaux privilégient la rentabilité budgétaire à la qualité des soins. »

La médecine de demain se joue aujourd’hui

Depuis un mois, les médecins assistants dénoncent le projet de convention collective de travail proposé par les fédérations hospitalières. Pas de contrat d’emploi, pas de rémunération des gardes, pas de contrôle des horaires, pas d’heures supplémentaires rémunérées avant 60h/semaine, pas de protection sociale avec passage sur la mutuelle dès le premier jour en cas de maladie… Bref, un recul notable pour les médecins en formation, dont les conditions de travail sont déjà pénibles et dangereuses, pour eux-mêmes et pour leurs patients. Car, selon ces jeunes travailleurs qui accumulent les heures de boulot, parfois jusqu’à 100 par semaine, la situation actuelle nuit à la qualité des soins de santé. Ils réclament dès lors une revalorisation de leurs prestations et une diminution de la pression sur leur travail.

Les hôpitaux, eux, renvoient la balle au ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, estimant qu’aucune amélioration ne serait possible sans passer par un soutien financier octroyé par le fédéral, en plus des dix millions d’euros prévus dans l’accord médico-mutualiste.

Des avancées soumises à du chantage

La réunion commission nationale médecins-hôpitaux s’est soldée par un accord pour un statut social « digne de ce nom » aux médecins assistants, a communiqué mercredi soir le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, qui a promis de dégager 20 millions d’euros supplémentaires. Dès le 1er août, ils bénéficieront « d’un contrat de formation uniforme », avec notamment une hausse salariale d’environ 10%, une meilleure rémunération des heures supplémentaires, des gardes et des week-ends, 20 jours de congés légaux ou encore un enregistrement de la durée du temps de travail.

Cet accord a été signé par tous, sauf par les assistants francophones. Selon eux, ces avancées sont insuffisantes et soumises à du chantage. Pour bénéficier de cette meilleure rémunération, les médecins assistants devront l’opting-out, cette exception qui augmente le temps de travail hebdomadaire moyen de 48 heures à 60h/semaine, avec des pics d’activités tolérés ponctuellement à 72h/semaine. Ce qui, au final, ne rencontre pas la principale recommandation des jeunes médecins : diminuer la charge de travail et la pression.

Manifestation

Déçus, les MACS ont mis leur menace à exécution. À partir de ce jeudi, les francophones en formation – en tout cas ceux qui ont résisté à certaines pressions – feront bien grève. Une manifestation se déroulera à partir de 13h au Mont des Arts de Bruxelles, dans le respect des règles sanitaires.

Ces médecins assistants étant une main d’œuvre indispensable (et bon marché) pour les hôpitaux belges, ces derniers s’apprêtent donc à vivre des journées compliquées. En particulier les hôpitaux universitaires où ils représentent parfois la moitié des équipes.

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