Extrémistes au sein de l’armée : sont-ils suffisamment surveillés ?

La traque de Jurgen Conings, l’homme qui a menacé Marc Van Ranst, est toujours en cours. L’individu était répertorié comme « extrémiste potentiellement violent ». Sa cavale soulève la question du suivi des radicaux dans l’armée.

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Mercredi après-midi, les recherches se concentraient autour d’un bois de Dilsen, dans le Limbourg. Dans les environs directs, les 12.000 hectares du parc national des Hoge Kempen étaient fermés au public ; le périmètre, quadrillé par un hélicoptère et des unités spéciales de la police fédérale. Mais voilà : Jurgen Conings, ce militaire d’extrême-droite ayant menacé plusieurs personnalité – dont Marc Van Ranst, le virologue de la KUL Leuven – est toujours dans la nature. Quatre lance-roquettes ont été retrouvés dans son véhicule. Selon le parquet fédéral, l’homme serait encore en possession d’un armement plus léger. La police fédérale a lancé un avis de recherche.

« C’est une situation dangereuse, mais nos services de sécurité et le parquet fédéral la maîtrisent » a déclaré le Premier ministre. « La question pertinente, a ajouté Alexander De Croo, est de savoir comment il est possible que quelqu’un qui est listé comme ayant des idées extrêmes, et qui avait déjà fait des menaces, soit actif au sein de la Défense, ait accès à des armes et puisse les prendre ». Le militaire apparaissait en effet comme « extrémiste potentiellement violent » dans la banque de données de l’OCAM. Avec un tel profil, comment Jurgen Conings a-t-il pu rester au sein de l’armée et s’emparer sans difficultés apparentes d’armes lourdes ?

Screening préventif

Comme l’a expliqué au Soir Dimitry Modaert, président du SLFP-Défense, l’existence d’un profil « à risque » n’entraine pas automatiquement de mise à l’écart. Pour autant qu’on reste dans les limites fixées par la loi, manifester une opinion en faveur d’un parti d’extrême droite n’est pas un délit. « Même si ses valeurs sont contestables, tant qu’il ne commet pas un fait répréhensible, il ne peut pas être écarté ou puni », cadre le syndicaliste. Une surveillance par les services de renseignements militaires (SGRS) est toutefois prévue, à titre préventif.

En mars dernier, le général Philippe Boucké, patron du SGRS, indiquait qu’une trentaine de militaires étaient suivis de près pour leurs sympathies ou leurs liens avec l’extrême-droite. Un chiffre qu’a remis en question par la suite la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS). Toute nouvelle recrue est également soumise à des entretiens de sélection, des tests de personnalité ainsi qu’à une enquête, expliquait le général. « Le screening fonctionne bien » se félicitait-il. Pour le parquet fédéral, la traque de Jurgen Conings serait justement le signe de l’efficacité des procédures de surveillance. « Oralement et dans son comportement, l’homme a attiré l’attention, a avancé dans les colonnes du Soir le porte-parole du parquet, Eric Van Duyse. Il a été surveillé. C’est une preuve que le système fonctionne ».

Reste que le fugitif a semble-t-il eu aucun mal à se procurer des armes lourdes, en prétextant un exercice militaire au sein de sa caserne, ont confirmé plusieurs sources au Soir. Pour un « extrémiste potentiellement violent », surveillé par l’Ocam, cela fait quand même désordre. L’ouverture d’une enquête interne à la Défense a été annoncée.

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