Crise migratoire : la photo d’un bébé sorti des eaux par un sauveteur devient virale

L'image a fait le tour de la Toile. Elle a été prise alors que plus de 8.000 migrants ont franchi les frontières de l’enclave espagnole de Ceuta en moins de 24 heures. Cette crise intervient après plusieurs semaines de tensions entre le Maroc et l’Espagne.

©BELGAIMAGE-176555615/photo postée sur Twitter le 19 mai 2021, où l'on voir un sauveteur sortir des eaux un bébé à Ceuta

Le 3 septembre 2015, le cliché du corps sans vie du petit Aylan Kurdi faisait le tour du monde. L’image était glaçante : celle d’un enfant Syrien de trois ans, le visage à moitié enfoui dans le sable, mort noyé alors qu’il tentait de fuir la guerre civile syrienne avec sa famille. Aylan devenait le symbole de la crise migratoire que traverse l’Europe. Quelques années ont passé ; les drames en Méditerranée n’ont pas cessé.

Une photo, postée mercredi 19 mai sur le compte Twitter de la Guardia Civil espagnole, rappelle ce qui se joue encore trop régulièrement aux portes de l’Europe. L’image a été prise au large de Ceuta. On y voit un bébé sorti des eaux par un sauveteur, au large de cette enclave espagnole du nord-ouest du Maghreb. Dans la nuit de lundi à mardi, près de 8.000 migrants en provenance du Maroc sont arrivés à Ceuta, une situation sans précédent pour un territoire pourtant habitué à la pression migratoire.

Comme le relève le Huffington Post, le sauveteur en question a accepté de témoigner auprès du quotidien El Pais. Cet ancien militaire confie qu’il ne savait pas « si le bébé était mort ou vivant » lorsque la photo a été prise. « Il était gelé, froid, il ne faisait pas de geste ». Selon les médias espagnols, le nourrisson âgé de deux mois est en bonne santé désormais. Entraîné pour « faire face à toutes les situations en mer », le sauveteur a expliqué qu’il n’avait jamais été confronté à une telle « marée humaine », avec « des centaines de personnes désespérées ».

L’armée déployée

Cette vague migratoire inédite a pour toile de fond une crise diplomatique majeure entre l’Espagne et le Maroc. Rabat ne décolère pas depuis que Madrid a accueilli pour y être soigné, le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, l’ennemi juré du Maroc.

Ceuta et Melilla, l’autre enclave espagnole en terre africaine, sont le théâtre de vagues migratoires depuis des décennies. Toutefois, cette arrivée massive en près de 24 heures a pris de court l’Espagne, qui, en catastrophe, a déployé l’armée. Pour Madrid, c’est un signal fort envoyé par Rabat. Accusé d’avoir à dessein relâché le contrôle de sa frontière, le Maroc, partenaire capital dans la lutte contre l’immigration clandestine, aurait ainsi dégainé la migration comme arme de négociation, pour faire pression sur l’Espagne, et partant, sur l’Union européenne.

Bruxelles et Rabat sont en effet en pleines tractations en matière de coopération et de contrôle migratoire. Selon un document confidentiel du Conseil européen, dévoilé fin avril par El Pais, le Maroc reçoit beaucoup moins d’argent de l’UE que la Turquie ou même la Lybie pour juguler les départs de migrants. « Rabat estime que si la Turquie a reçu plus d’argent, le Maroc peut aussi prétendre à en recevoir davantage », expliquait la chercheuse spécialisée Garcés-Mascareñas Blanca au Soir.

Ping-pong diplomatique

« Aujourd’hui les actes de la commission – qui sont appliqués par les Etats membres et notamment les frontaliers – consistent à ériger des murs, jugeait pour sa part la députée européenne Saskia Bricmont (Ecolo). Cette Europe forteresse empêche le passage des migrants et sous-traite sa politique migratoire à des pays comme la Turquie, la Libye, le Maroc, via des accords de coopération et des milliards d’euros de financements. Tout cela pour faire en sorte que d’autres états bloquent le passage de migrants ».

Au milieu de cette sordide partie de ping-pong diplomatique, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Dès mardi soir, l’Espagne affirmait avoir renvoyé au Maroc la moitié des 8000 personnes ayant atteint la Ceuta. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a assuré que tous les migrants adultes seraient expulsés. Ces refoulements sans formalités ni délai, dits « refoulements à chaud », sont pratiqués depuis des années par l’Espagne à Ceuta et Melilla. Ils sont critiqués par les ONG de protection des migrants, qui y voient une violation des lois européennes sur le droit d’asile.

Uniquement autorisés dans les deux enclaves, ces refoulements ont été entérinés par une loi espagnole en 2015. Pedro Sanchez a assuré que les mineurs arrivés à Ceuta cette semaine (ils seraient au moins 2.700), seront pris en charge par l’Espagne.

Plus d'actualité