Ces salariés ne veulent pas retourner au bureau

Après avoir goûté aux joies du travail à distance pendant des mois, certains salariés n'ont aucune envie de revenir tous les jours dans les locaux de leur entreprise.

Bientôt le retour au bureau ? Certains freinent des quatre fers. - Pexels

Le dernier Comité de concertation l’a acté : le télétravail va progressivement diminuer à partir du 9 juin. Et cette nouvelle ne ravit pas tout le monde. À commencer par Noël. « Depuis octobre, je n’ai plus mis les pieds au bureau. Ça fait même plus d’un an pratiquement que je télétravaille », confie cet informaticien de 63 ans, qui n’a revu ses collègues que quelques jours cet été. « C’est bizarre parce qu’à la fois j’en ai ras le bol d’être à la maison, mais l’idée de retourner au bureau ne me dit vraiment rien », confie celui qui passait une heure chaque matin et chaque soir dans les trajets. « Je n’ai aucune envie de me retaper les bouchons de l’autoroute et la foule du métro bruxellois. »

Sans le stress de la route, ce futur retraité peut se lever plus tard et se réveiller tranquillement avec un bon café, plutôt que celui de la machine qui agresse l’estomac à la première gorgée. Entre deux appels, il lance une lessive ou range rapidement sa maison. « Des petites tâches que finalement je reportais jusqu’au week-end parce que je n’avais ni le temps, ni l’envie de les faire en rentrant du boulot. »

Même constat chez Loryn, qui profite de ses pauses pour faire du sport ou faire des petites courses. « Les entreprises qui imposeront le 100% présentiel dès qu’elles le pourront vont perdre des employés, c’est sûr. Les gens n’ont plus envie de perdre du temps dans les trajets », estime cette jeune femme qui a changé de boulot durant le deuxième confinement. L’emploi du temps idéal serait, pour elle, un mix entre télétravail et présentiel. « Trois jours sur cinq par exemple. Travailler de chez soi, c’est pratique et agréable, mais la sociabilité du bureau est importante pour moi. Je n’ai pas non plus envie de faire tous les jours les mêmes cinquante pas dans mon appartement, entre mon lit, mon bureau et mon salon. »

Des avantages et… des inconvénients

Comme Noël et Loryn, plus de la moitié des travailleurs belges veulent continuer à travailler en partie à domicile. Ce mode de travail était pourtant nouveau pour la plupart d’entre eux. Avant la crise, un employé sur dix seulement pratiquait plus ou moins régulièrement le télétravail. Un an plus tard, la moitié a été contrainte d’expérimenter ce « homeworking ». Ses joies comme ses peines. Car au-delà du plaisir de travailler en jogging, il faut supporter de nombreuses réunions virtuelles, toujours aussi inutiles, et voir sa vie privée perturbée. Une loi de 2018 garantit pourtant le droit à la déconnexion pour les travailleurs, mais elle ne dit pas comment l’appliquer. Selon une récente enquête d’Acerta et StepStone, le temps gagné par la disparition du trajet a par ailleurs été remplacé par du travail.

télétravail

Côté employeurs, la formule peut donc sembler alléchante. Après avoir remarqué une stabilité ou amélioration de la productivité, la majorité des entreprises (58%) qui ont respecté l’obligation fédérale souhaitent aujourd’hui pérenniser le télétravail, selon un sondage réalisé par l’Union des classes moyennes. Souvent pour un jour ou deux par semaine.

Flexibilité

Une bonne nouvelle compte tenu du fait que le télétravail était, avant le coronavirus, une pratique peu répandue en Belgique. Néanmoins, pour de nombreux homeworkers désormais aguerris, ça laisserait un goût de trop peu. « J’aimerais vraiment avoir trois jours de télétravail par semaine », demande Nadia, 29 ans. « Au bureau, je travaille dans un open space, avec des collègues que j’adore mais avec qui du coup ça cause tout le temps. Finalement, pour une tâche, je mets désormais la moitié du temps que je prends d’habitude au bureau. »

Avant la crise et ses confinements, cette Bruxelloise avait droit à un jour de télétravail par semaine. « C’était autorisé, mais il fallait toujours le justifier, en disant qu’on avait un enfant malade ou que Proximus venait changer le décodeur. C’est dommage », regrette celle qui préférerait « une confiance mutuelle entre les employeurs et les salariés ».

télétravail

Car de ce mode de fonctionnement, les employés apprécient tout particulièrement la flexibilité dans l’organisation de travail. Pouvoir être le maître absolu de son emploi du temps. « À l’avenir, j’aimerais qu’on me laisse choisir mes jours de télétravail, sans devoir les demander, ni les justifier », explique par exemple Bénédicte, indépendante complémentaire. Cela lui permettrait de mieux organiser ses semaines, voire même de partir travailler de temps en temps à l’étranger, espère-t-elle.

De son côté, Nadia ose dénoncer un fonctionnement d’un autre temps. « Nous obliger à travailler huit heures par jour, de 9h à 17h, avec une demi-heure de pause à midi pile, c’est archaïque. On devrait nous laisser davantage la possibilité d’organiser notre emploi du temps comme on le souhaite, tant que le travail au final est bien fait. »

Retour à la réalité

Partisans du télétravail, ces employés sont toutefois bien conscients que tous leurs souhaits ne seront pas exaucés. « À mon avis, jusqu’en septembre je suis tranquille. Mais après ça va être compliqué », redoute Noël. « Bon quand faut y aller, faut y aller. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer », poursuit celui qui fera ses adieux au monde professionnel dans un an et demi. « Je suis pour le télétravail, mais je sens que c’est bientôt terminé », regrette Nadia qui, elle, a encore quelques dizaines d’années à tuer.

« J’aimerais bien être dans un an pour voir si les mentalités des employeurs ont profondément changé ou si c’était juste ponctuel », se projette Bénédicte, peu convaincue par la première proposition. « Après le premier confinement, dès que l’obligation a été levée, beaucoup d’amis ont été interdits de télétravail, alors qu’il était encore fortement recommandé. » Une réticence qui se retrouve également dans le sondage de l’UCM : parmi les employeurs qui pratiquent le télétravail, 31% pensent que cela nuit au bon fonctionnement et aspirent à y mettre fin.

Plus d'actualité