Banques : les frais cachés se multiplient

Les comptes gratuits disparaissent et les moins digitalisés d’entre nous paient le prix le plus fort.

Banque @BelgaImage

Au fil des années, les banques pratiquent une tarification de plus en plus élevée de toutes les opérations manuelles. “35 % de la population n’est pas digitalisée et ces personnes voient leurs forfaits bancaires augmenter d’année en année”, constate Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Test Achats qui a lancé dernièrement une pétition contre cette situation qui n’a fait qu’empirer avec la crise sanitaire, lors de laquelle les services bancaires se sont virtualisés un maximum. “Régulièrement, les tarifs augmentent pour les opérations courantes comme la recherche d’archives, retirer du cash, faire des virements. Tout cela cible en effet en priorité les personnes qui ne sont pas digitalisées”, pointe Morgane Kubicki, porte-parole de Financité qui promeut des finances responsables et solidaires. Financité a lancé l’action “banques, dehors les seniors” qui a récolté des dizaines de témoignages. “S’il n’y a pas assez d’argent pour une domiciliation, la banque prévient puis fait payer entre 6 et 8 euros. Voilà un exemple de frais cachés.

Il ne reste plus sur le marché qu’un seul compte réellement gratuit – chez Keytrade – et il est en ligne. Les fameux comptes digitaux 100 % gratuits des banques deviennent payants à l’utilisation. Ne serait-ce que pour retirer de l’argent aux distributeurs d’une autre banque. C’est le cas pour les comptes gratuits fournis par Axa, Belfius, KBC, bpost et aussi ING, avec le Lion Account qui se vantait d’être “sérieusement gratuit” en 2013. Argenta, qui a toujours proposé un compte à vue gratuit, en a modifié les conditions en février dernier. “Une enquête menée par la banque mobile N26 l’été dernier révèle que 73 % des Belges ont déjà reçu des frais de services bancaires inattendus, en moyenne trois fois au cours des 12 derniers mois. Avec un coût moyen par occurrence “inattendue” de 28,51 euros, cela représente 85,53 euros de coûts-surprises par an. Et ces frais cachés sont partout, une domiciliation refusée pour cause de solde insuffisant peut par exemple vite grimper à une dizaine d’euros.

Cette explosion des coûts s’explique par un business model en panne. “La base du métier, c’est la collecte de l’épargne et l’octroi de crédits. Traditionnellement, cela finançait tous les coûts”, explique Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin, qui représente le secteur financier. “Or ces dernières années le taux de référence fixé par la Banque centrale européenne est extrêmement bas. L’épargnant a un taux très faible (voire nul). C’est dans l’idée de stimuler la consommation. Dans le même temps, les banques doivent garder une rentabilité et assurer leur stabilité. Les banques récupèrent ainsi des frais, chacune à leur manière.” La Belgique reste toutefois parmi les pays avec les frais bancaires les plus bas d’Europe, selon Febelfin. Le paquet bancaire reviendrait en moyenne entre 30 et 50 euros par an alors qu’en France il s’élève à 100 euros et en Italie à 200 euros. “Mais si on n’est pas digitalisé et qu’on a besoin de virements papier, cela peut s’élever jusqu’à 150 euros par an”, rétorque Morgane Kubicki.

 

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