Le conflit israélo-palestinien s’exporte en Belgique et ailleurs

Une bataille politique s’est engagée à Bruxelles après le message polémique de la co-présidente d’Écolo. Dans d’autres pays, le ton est parfois encore plus dur.

Tirs de roquettes entre Gaza et Israël @BelgaImage

En cette fin de semaine, la tension entre Israël et la Palestine ne retombe pas, au contraire. D’un côté, le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, continue ses lancers de roquettes vers l’État hébreu, notamment en tentant d’atteindre les aéroports de Tel Aviv. D’autre part, l’armée israélienne a menacé d’envahir Gaza avant de se raviser, tout en continuant elle aussi à bombarder le petit territoire côtier. En parallèle, le conflit a trouvé un écho à l’étranger. Que ce soit en Belgique, en France, en Allemagne ou encore aux États-Unis, pro- et anti-Israël s’opposent et créent la controverse.

En Belgique, une publication Instagram devenue bombe politique

À Bruxelles, la polémique a commencé avec une image postée sur Instagram par la co-présidente d’Écolo, Rajae Maouane. Sur celle-ci, on peut voir un homme brandissant un drapeau palestinien et prêt à lancer des pierres, comme en souvenir des épisodes d’intifada. La photo est accompagnée d’une chanson interprétée par une artiste libanaise réputée proche du Hezbollah et connue pour être un soutien du Hamas. La chanteuse appelle notamment à ce que les peuples arabes se coalisent contre «les fils de Sion». Le tout est posté sans commentaire.

La publication a rapidement fait l’effet d’une bombe. La Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA), dirigée par Joël Rubinfeld, s’est montrée indignée et a réclamé la démission de Rajae Maouane. Le président de MR, Georges-Louis Bouchez, a de son côté accusé la gauche bruxelloise «d’instrumentaliser le conflit israélo-palestinien» et en a profité pour mettre sur le tapis d’autres polémiques à caractère religieux qui font trembler la capitale belge, comme celui du port du voile. La ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, qui avait lancé un «appel à l’apaisement et au dialogue» en n’imposant pas pour le moment de sanction envers Israël ou le Hamas, estime que la publication de Rajae Maouane «est à l’opposé de ce qu’il faut faire et n’est certainement pas à la hauteur de la gravité de la situation». «Je m’inquiète d’une possible surenchère électoraliste», dit-elle.

Rajae Maouane a de son côté assuré que son «intention n’était nullement de heurter qui que ce soit». Elle se dit «profondément heurtée que l’on puisse me prêter des intentions antisémites alors que je n’ai de cesse, dans mon engagement associatif et politique, de rapprocher les deux communautés». Elle a reçu le «soutien inconditionnel» de l’Association belgo-palestinienne (ABP), de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) et de l’asbl De-colonizer. Ces associations précisent que «la chanson incriminée est bien un chant guerrier, mais elle ne contient nulle trace d’appels à la haine des Juifs et se focalise surtout sur la passivité des dirigeants arabes face à Israël». «Par ailleurs, aucun positionnement d’Ecolo ne permet d’attester une supposée dérive antisémite de sa part», jugent-elles, tout en rappelant la proximité de la LBCA avec la droite radicale en Belgique et le camp nationaliste israélien.

La France secouée elle aussi

Mais la Belgique n’est pas le seul pays concerné par ce genre de polémique. En France, c’est l’organisation de manifestations pro-Palestine qui créent la zizanie. Rapidement, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a appelé à interdire celle de Paris et à être très vigilants pour celles organisées dans d’autres villes, rappelant les débordements constatés en 2014 lors de mouvements similaires. Peu après, la Préfecture de police de Paris a posé son veto à la manifestation dans la capitale. À Dijon, même chose. Par contre, la manifestation de Lyon se tiendra bel et bien.

Ces interdictions ont été condamnées par l’association France Palestine Solidarité qui se dit « scandalisée par cette décision« . Dans la classe politique française, des membres du parti de droite Les Républicains ont soutenu la décision édictée à Paris, au contraire du parti de gauche radicale La France insoumise (LFI). « C’est une provocation de la part de Gérald Darmanin« , estime par exemple le député LFI Éric Coquerel. «Depuis 2014, il y a eu plein de manifestations en solidarité avec les Palestiniens et pour le processus de paix, qui se sont très bien passées. En faisant cela, Gérald Darmanin suscite des risques de violences, de heurts», juge-t-il.

Un enjeu électoral

En Allemagne, le conflit israélo-palestinien a pris un tournant plus violent. Suite aux premiers affrontements entre Israël et le Hamas, Berlin a surtout souligné le droit d’Israël à la légitime défense. Suite à cette déclaration, plusieurs manifestations pro-Palestine ont eu lieu dans plusieurs villes d’Allemagne. Parfois des drapeaux israéliens ont été brûlés, comme devant une synagogue à Bonn et à Münster. Face à l’accroissement de la tension le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a promis «une sécurité sans faille» pour les temples juifs en Allemagne. «Il ne doit y avoir aucune tolérance pour les attaques contre les synagogues dans notre pays», a-t-il affirmé. L’affaire est également sensible pour le parti écologiste des Verts, pour l’instant en tête dans les sondages pour les élections de septembre prochain.

Le conflit israélo-palestinien prend des allures de bataille électorale dans deux autres pays: l’Argentine et les États-Unis. Dans le premier, c’est une déclaration du ministère argentin des Affaires étrangères qui a suscité des tensions. Celui-ci y faisait part de « sa profonde préoccupation face à l’aggravation dramatique de la situation en Israël et en Palestine » et même s’il condamnait les attaques des deux camps, plusieurs personnalités politiques de l’opposition ont estimé qu’Israël était plus incriminé que le Hamas. L’ambassadeur israélien a également jugé que cette déclaration «n’exprimait pas les bonnes relations qui existent entre nos pays». L’affaire est depuis devenue sensible, alors que les élections législatives argentines ont lieu en octobre.

Aux États-Unis, l’un des candidats favoris des démocrates à la mairie de New York, Andrew Yang, a publié un tweet ouvertement pro-Israël. «Je suis aux côtés du peuple d’Israël qui subit des bombardements, et je condamne les terroristes du Hamas», écrit-il. Cette prise de position a immédiatement été condamnée par d’autres membres de son parti, comme la représentante Alexandria Ocasio-Cortez. En parallèle, le gouvernement américain est critiqué pour s’être opposé à une discussion à l’ONU du conflit israélo-palestinien. Joe Biden sait qu’il marche sur des œufs et appelle pour l’instant simplement à la désescalade au Moyen-Orient. Un équilibre précaire vu le côté explosif de la situation.

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