Belgique : vers l’interdiction des fessées?

Le débat sur l’interdiction des châtiments “éducatifs” est nécessaire. Mais les politiques ne doivent pas se limiter à cette mesure. La maltraitance des enfants demande une attention globale.

Fessée @BelgaImage

Une fessée, une gifle ou une empoignade. En Belgique, les punitions de ce type ne sont pas encore interdites par le code civil. Quatre députés flamands (3 CD&V et 1 Vooruit) trouvent cela inadmissible et ont déposé à la Chambre jeudi dernier deux propositions de loi visant à interdire les châtiments corporels dits “éducatifs”. Une démarche à saluer, évidemment, et soutenue par la majorité des citoyens. L’été dernier, un sondage commandité par la section belge de l’organisation Défense des enfants international (DEI) concluait sur le fait que 3 Belges sur 4 étaient favorables à l’adoption d’une loi pour une éducation non-violente.

Dans un communiqué encadrant l’étude, le DEI-Belgique précisait que la loi “est indispensable, mais ne suffit pas”. Elle doit s’accompagner de “campagnes de sensibilisation et de prévention pour changer les mentalités, et de mesures de soutien aux parents”. C’est même probablement la priorité tant il est difficile de savoir ce qu’il se passe dans les foyers une fois la porte d’entrée fermée à double tour. Si l’immense majorité des psychiatres et des pédagogues considèrent que la fessée, les gifles et les empoignades ne présentent aucun intérêt éducatif, ils insistent toutefois sur le fait qu’il ne faut pas culpabiliser les parents qui ont un jour craqué sous la pression du moment.

Dans certains cas, il s’agit surtout de fessées d’épuisement, pas forcément malveillantes ou perverses, de la part de parents à bout qui ont conscience de l’importance de privilégier d’abord le dialogue. Mais dans d’autres cas, c’est la face visible d’un problème plus large: celui de la maltraitance infantile. Sur les antennes de la RTBF, le psychopéda­gogue de l’UMons Bruno Humbeeck a en effet estimé que ce débat sur la fessée revient à “réduire les difficultés et c’est sans doute aussi une façon d’occulter le déficit de moyens qui sont actuellement octroyés dans la lutte contre la maltraitance”. Incontestablement depuis le début de la crise sanitaire, le nombre de signalements d’enfants ­maltraités a explosé. SOS Enfants s’en est désolé fin avril dans une carte blanche.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: + 50 % des appels à ­Charleroi et + 45 % chez SOS Liège-MontLégia au premier trimestre 2021. Mais la problématique déborde les provinces.
La situation est telle que les équipes de SOS Enfants ont prévenu qu’elles étaient “complètement engorgées”. Dans un communiqué, elles expliquent être “obligées de renvoyer ces signaleurs, familiers ou professionnels, vers un réseau de soin psycho-social saturé lui aussi”. L’ASBL ne fait en fait que confirmer ce que de nombreuses autres associations, ONG, enquêtes universi­taires, etc. exposent depuis plus d’un an. C’est pourquoi on ne peut qu’écouter les professionnels de terrain et réclamer davantage de sensibilisation et de contrôle. Et probablement une nouvelle politique de lutte contre les situations de maltraitance infantile, avec de nouveaux moyens.

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