Israël-Palestine: les raisons de l’escalade

La situation à Jérusalem-Est explique en bonne partie le surenchérissement militaire entre le Hamas et Israël, mais pas seulement. Il y a aussi des motivations plus politiques.

Roquettes tirées depuis Gaza le 11 mai 2021 @BelgaImage

Plus de 1.000 roquettes: c’est le décompte fait par Israël du nombre de missiles envoyés depuis Gaza vers son territoire depuis lundi soir. D’abord, c’est plutôt Jérusalem qui a été visée, un fait inédit depuis sept ans, puis ça a été le tour de Tel Aviv. Bilan: trois Israéliens tués et de dizaines de blessés. En parallèle, Israël a également bombardé Gaza, provoquant des effondrements d’immeubles. Il y aurait au moins 32 morts, dont 10 enfants, et plus de 220 blessés. L’ONU s’inquiète désormais d’une «guerre à grande échelle». Comment la situation a pu se dégrader à ce point et aussi vite? En réalité, il y a une conjonction de facteurs.

L’expulsion probable de Palestiniens à Jérusalem: la goutte d’eau

Interrogé à ce propos par TV5 Monde, Jean-Paul Chagnollaud, président de l’institut de recherche et études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), évoque l’image d’un «volcan» qui explose de temps à autre. En l’occurrence, l’éruption a éclaté à Jérusalem, et plus particulièrement dans sa partie est, occupée par les Israéliens. C’est là-bas que l’on trouve le quartier historiquement palestinien de Sheikh Jarrah. Or il se trouve que des familles israéliennes veulent déloger les habitants pour s’y installer, sous prétexte que des juifs habitaient là avant 1948.

Évidemment, les Palestiniens menacés d’expulsion s’y opposent. Ce lundi 10 mai, la Cour suprême devait trancher sur cette affaire et cela a représenté la première étincelle. Le 3 mai, des heurts ont lieu à Sheikh Jarrah entre Palestiniens et Israéliens. Parmi ces derniers, il y avait Itamar Ben Gvir, le leader du parti extrémiste Force juive, proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu qui se tourne de plus en plus vers l’extrême-droite. En quelques jours, ces manifestations ont fait plusieurs centaines de blessés, notamment sur l’Esplanade des Mosquées (ou Mont du Temple pour le judaïsme), troisième lieu saint de l’islam et site le plus sacré pour les juifs. Face à ce regain de tension, il a été décidé dimanche dernier que le jugement de la Cour suprême soit repoussé de 30 jours.

Un lundi tendu sur les lieux saints

Cette décision aurait pu amorcer une désescalade mais ça ne s’est pas passé. Ce lundi 10 mai au soir, les nationalistes religieux israéliens avaient prévu de célébrer la « Journée de Jérusalem », qui commémore la conquête de Jérusalem-Est par Israël en 1967. Au menu: des provocations contre la population arabe et ce jusqu’au cœur du quartier musulman.

C’est dans ce climat de tension que juifs et musulmans veulent avoir accès à l’Esplanade des Mosquées, et ce alors que le ramadan arrive à sa fin cette semaine. Dès lundi matin, des Palestiniens ont jeté des projectiles sur les forces israéliennes. Chaque camp se montre de plus en plus agressif tout au long de la journée. Un assaut israélien est donné sur la mosquée al-Aqsa, où s’étaient repliés des Palestiniens, avec des balles en caoutchouc, des grenades lacrymogènes et assourdissantes. Très rapidement, le monde arabe s’émeut de l’incident, notamment quand une vidéo sur les réseaux sociaux semble montrer la mosquée en flamme. En réalité, le bâtiment n’a rien, c’était un arbre qui s’était enflammé.

Face à ces combats, les organisateurs de la fête de la « Journée de Jérusalem » ont tout annulé, mais cela n’a pas découragé une partie des manifestants nationalistes juifs de se réunir au Mur des Lamentations, situé juste à côté. Ceux-ci entonnent alors des chants anti-palestiniens et lorsque l’arbre brûle, ils continuent à sauter en chœur. Une image choc pour l’opinion publique arabe.

Le Hamas motivé pour agir

Pour le Hamas, parti palestinien qui contrôle la bande de Gaza, c’en est trop. Il a d’abord réclamé le retrait des forces israéliennes de l’Esplanade pour 18h00 ce lundi mais le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu à restaurer l’ordre. Face au blocage, une salve de roquettes a été tirée depuis Gaza à l’heure dite. Le bouclier anti-missiles israélien a permis de l’intercepter mais l’escalade est amorcée. Israël riposte dès lundi, puis le mardi les échanges militaires se renforcent.

Pourtant, le Hamas n’a a priori pas grand-chose à voir avec ce qui se passe à Jérusalem. Il n’y a pas de pied-à-terre et cette affaire concerne a priori plus le Fatah, le parti dirigé par Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Mais le climat politique a ici joué un rôle. Fin avril, Mahmoud Abbas a édicté le report du premier scrutin en Palestine depuis 15 ans. Officiellement, la cause est un désaccord avec les Israéliens sur les conditions de sa tenue, notamment à Jérusalem-Est. Officieusement, cela peut aussi jouer en faveur du président palestinien vu ses faibles performances dans les sondages. Évidemment, le Hamas n’a pas apprécié. C’est dans ce cadre politique que le Hamas a agi à Jérusalem, le contrôle de la ville étant un enjeu symbolique de première importance pour le parti.

Le chaos politique israélien

Côté israélien, le conflit a là aussi une connotation politique. La semaine dernière, Benjamin Netanyahu a échoué sa tentative de former un gouvernement. Il avait tout misé sur un rapprochement avec l’extrême-droite religieuse mais il n’a réussi qu’à réunir 59 sièges au parlement, la Knesset, alors qu’il en fallait 61.

Depuis, c’est l’opposition qui est chargée de réunir ces 61 voix. En théorie, elle est capable de le faire, même si cela nécessite le rassemblement d’un ensemble très hétéroclite de partis: de la gauche pacifique à la droite ultra-nationaliste en passant par les Arabes israéliens. Des négociations avaient commencé mais il suffit qu’un parti fasse faux bond et tout s’écroule. Or c’est justement ce qui est en train de se passer. Après les conflits de ces derniers jours, Mansour Abbas, chef d’un parti pro-arabe, a suspendu sa participation aux pourparlers, et un grand malaise s’est également installé entre les autres partis de la possible coalition. Une évolution que le Premier ministre Netanyahu ne manquera pas de suivre. Pour le Jerusalem Post, les émeutes et les réalités du Moyen-Orient pourraient faire trébucher la «coalition naissante avant même qu’elle n’ait eu une chance de se présenter».

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