Vers la fin du Royaume-Uni ?

Après leur victoire aux élections écossaises, les indépendantistes défient Boris Johnson, en exigeant un nouveau référendum sur l'autodétermination.

Nicola Sturgeon. - AFP

C’est un succès pour les indépendantistes écossais. Samedi, lors des premières élections post-Brexit, le SNP a remporté la tête du parlement d’Edimbourg pour la quatrième fois consécutive, avec 64 sièges sur un total de 129. Il a manqué, à un siège près, de décrocher la majorité absolue qui lui aurait donné un mandat presque incontournable pour réclamer un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, après celui, raté, de 2014. Pour autant, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon a salué les résultats « historiques » et « extraordinaires » de son parti, arguant que ce scrutin appuie la tenue d’un nouveau référendum.

« Il ne fait aucun doute que nous allons avoir une majorité pro-indépendance et qu’elle sera plus élevée que lors du précédent mandat », a déclaré la dirigeante du Parti national écossais, en prenant en compte les huit sièges remportés par les Verts écossais, eux aussi pro-indépendance. « Étant donné ce résultat, il n’y a simplement pas de justification démocratique de quelque sorte que ce soit, pour Boris Johnson ou pour qui que ce soit d’autre, de chercher à bloquer le droit du peuple d’Ecosse de choisir notre propre futur », a poursuivi la politicienne de 50 ans, coupant l’herbe sous le pied du gouvernement conservateur britannique, qui dispose d’un droit de veto. « C’est la volonté du pays. »

La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, félicite la candidate du Parti national écossais (SNP) Kaukab Stewart après sa victoire à l’élection, le 8 mai 2021.

La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, félicite la candidate du Parti national écossais Kaukab Stewart après sa victoire à l’élection, le 8 mai 2021. – AFP

« Irresponsable »

Boris Johnson refuse pour l’instant d’organiser un nouveau référendum, estimant qu’une telle consultation « dans le contexte actuel est irresponsable et imprudent ». Nicola Sturgeon a pourtant assuré de son côté que, si la lutte contre le coronavirus était la priorité de son gouvernement, l’organisation d’un nouveau vote pourrait néanmoins être mise en place à mi-mandat, une fois que la pandémie sera passée.

Le Premier ministre britannique s’est montré plus diplomate dans son message de félicitations, après la victoire écrasante du SNP, appelant la cheffe du parti indépendantiste à coopérer pour « les intérêts des gens à travers tout le Royaume-Uni, et en particulier en Ecosse ».

Bras de fer

Pour autant, l’affrontement entre Edimbourg et Westminster semble inévitable. Ce bras de fer pour l’avenir de l’Ecosse – et du Royaume-Uni – ne date pas d’hier. Au premier référendum, une courte majorité d’électeurs (55%) avaient rejeté l’indépendance, mais, à en croire le SNP, le Brexit a depuis changé la donne. En 2014, quand les Ecossais avaient été appelés à se prononcer sur leur futur, il était question de rester dans l’Union du Royaume-Uni, et non de quitter l’Union européenne. D’ailleurs, deux ans plus tard, les Ecossais se sont fermement opposés à ce divorce européen, à hauteur de 62%, contre 48,1% de l’ensemble britannique, favorable au « Remain ».

Boris Johnson

Boris Johnson. – Reuters

Depuis, le soutien pour l’indépendance continue de se maintenir autour de 50%. Ce qui explique notamment pourquoi Boris Johnson ne veut prendre aucun risque, répétant que les Ecossais ont fait leur choix en 2014 et qu’il faut maintenant laisser « passer une génération ».  

Malgré cette opposition catégorique, Nicola Sturgeon affirme clairement qu’elle jouera selon les règles en menant son projet dans le cadre de la légalité. Pas question de suivre la route catalane, par des référendums non validés ou une déclaration unilatérale d’indépendance, qui risquerait de ne pas être reconnue à l’étranger, et donc d’empêcher son entrée dans l’Union européenne. La première ministre écossaise pourrait néanmoins choisir la route juridique. Elle a d’ores et déjà menacé de saisir la Cour suprême britannique, si Boris Johnson se mettait en travers de son chemin.

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