L’omniprésent dioxyde de titane reconnu comme génotoxique potentiel

Ce colorant blanc n’est plus reconnu comme «sûr» mais est toujours largement utilisé dans une large gamme de produits. Test-Achats tape du poing sur la table.

Des échantillons de dioxyde de titane @BelgaImage

Sur les emballages, il se cache souvent derrière le code E171. Mais son «vrai» nom, c’est «dioxyde de titane» (TiO2). Ce jeudi, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé que cet additif alimentaire «ne pouvait plus être considéré comme sûr». En cause : ses nanoparticules. Selon l’EFSA, «nous ne pouvions pas exclure les problèmes de génotoxicité après la consommation» de celles-ci car elles s’accumulent dans l’organisme. Une absorption même faible peut donc devenir néfaste au cours du temps et endommager l’ADN. Pour les associations de consommateurs, c’est la confirmation qu’il est temps de réagir, vu la large utilisation faite par les industriels du dioxyde de titane.

Un additif ultra-répandu mais polémique

Il ne faut pas chercher longtemps dans les supermarchés pour tomber sur ce fameux E171. Il est fréquemment utilisé sous forme de poudre dans les bonbons, les chewing-gums, certains chocolats, les gâteaux et les surimis. L’association française UFC-Que choisir rappelle qu’en-dehors de l’alimentation, le dioxyde de titane est aussi présent «dans plus de 4 000 médicaments et près de 7 000 produits cosmétiques susceptibles d’être ingérés, tels que des dentifrices, des baumes et rouges à lèvres, des bains de bouche, y compris dans leurs versions destinées aux enfants». Selon «Agir pour l’environnement», près des deux tiers des dentifrices en contiennent. La présence du dioxyde de titane dans les masques Avrox explique aussi en partie la polémique qui entoure ce produit en Belgique.

Si cet additif est si utilisé, c’est sa capacité à donner aux produits un blanc étincelant ou un côté brillant. Oui mais voilà: depuis plusieurs années, les études se multiplient pour dénoncer les mauvais côtés du dioxyde de titane. Il est accusé d’être cancérigène mais jusqu’ici, aucune confirmation au niveau des autorités. La France l’a interdit en 2020 dans les aliments en expliquant qu’il était impossible «lever les incertitudes sur l’innocuité». Son utilisation reste en revanche permise dans les produits cosmétiques et les médicaments. En Belgique, les autorités attendaient l’avis de l’Union européenne pour en décider. C’est dans ce contexte que la Commission européenne a demandé l’avis de l’EFSA.

Vers un bannissement total?

Maintenant que l’EFSA a rendu son jugement, les associations ne manquent pas de demander (à nouveau) l’interdiction de l’utilisation du dioxyde de titane, et ce dans tous les produits. C’est le cas de Test-Achats en Belgique qui estime que l’avis de l’EFSA «ne laisse d’autre choix à la Commission européenne que de proposer la suppression du dioxyde de titane de la liste des additifs alimentaires autorisés». «Nous l’enjoignons à s’y atteler le plus rapidement possible, et encourageons les fabricants à anticiper cette proposition en supprimant le dioxyde de titane de leurs produits», ajoute Test-Achats.

L’association belge précise au passage qu’elle s’oppose non seulement au dioxyde de titane mais aussi à d’autres additifs alimentaires, dont le dioxyde de silicium (E551) et l’argent (E174). UFC-Que choisir abandonne dans ce même sens en s’opposant à l’utilisation de nanomatériaux «dans des utilisations aussi nombreuses qu’inutiles: nano-carbone dans les raquettes de tennis, nano-argents dans les chaussettes, nano-silices dans les épices…». «J’appelle les autorités européennes à renoncer à cette politique de gribouille et à renverser la logique en instaurant une interdiction large de l’ensemble des nanotechnologies utilisées dans les produits de consommation courante, sauf à ce que des études sérieuses et indépendantes démontrent leur innocuité», clame le président d’UFC-Que choisir.

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