Les pesticides hautement dommageables pour les animaux

Une étude montre à quel point la biodiversité au sol est affectée par l’utilisation massive de produits chimiques, ce qui dégrade par ricochet la qualité des terres.

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Les pesticides nuisent aux petites créatures qui peuplent notre sol et pourtant. Pourtant, la question est le plus souvent éludée. Il n’est pas simple de trouver un bilan scientifique sur la question pour évaluer le problème, du moins jusqu’à aujourd’hui. Des chercheurs viennent en effet de réaliser une analyse complète de l’impact de ces produits sur les invertébrés passant au moins une partie de leur vie dans la terre. Les résultats, publiés dans la revue Frontiers in Environmental Science, sont inquiétants, non seulement pour ces animaux mais aussi pour l’effet à long terme sur les sols.

Des conséquences désastreuses

Les scientifiques ont passé en revue environ 400 études sur le sujet. Cela permet de connaître l’effet de 284 pesticides sur 275 espèces, que ce soit du point de vue de la mortalité, du comportement animal, de la reproduction, etc. Ils sont parvenus à la conclusion que dans 70,5% des cas, l’impact sur ces invertébrés était négatif. Ce pourcentage est encore plus important pour certaines espèces. C’est le cas des vers de terre (84%).

Globalement, ce sont les insecticides qui sont les plus dommageables à la biodiversité du sol. Pour les herbicides et les fongicides, le bilan est là aussi négatif, même si les effets variaient plus largement en fonction du produit. «Il apparaît que les fongicides sont presque aussi mauvais que les insecticides pour les animaux du sol», déclare au Guardian Matt Shardlow, de l’organisation caritative Buglife. «Cela n’est pas surprenant car les vers de terre, les cloportes, les mille-pattes et les collemboles se nourrissent en grande partie de champignons sur la matière végétale en décomposition».

Après l’utilisation de pesticides, la fertilité des animaux du sol en ressort grandement dégradée et la vie microbienne est également très touchée. Pour les 29,5% des cas restants, il ne s’agit pratiquement que de paramètres où l’effet des pesticides est statistiquement trop faible pour être reconnu comme négatif. Mais le bilan pourrait être bien pire encore. Les chercheurs préviennent en effet que ces études ne représentent peut-être que la pointe de l’iceberg. «Les organismes les plus étudiés sont connus pour être moins sensibles aux pesticides que d’autres organismes, ce qui suggère que nous avons une connaissance limitée de l’étendue des dommages causés par les pesticides», précisent-ils.

La nécessité de réagir

Ce qui énerve particulièrement les auteurs de l’étude, c’est que malgré ces recherches, les États-Unis ne s’inquiètent pas de l’effet des pesticides sur les animaux du sol. Pour être acceptés, ces produits doivent être seulement testés sur une espèce terrestre, l’abeille mellifère, autrement dit un animal qui ne vit même pas sous terre. Dans l’Union européenne, des tests sont réalisés sur une espèce d’acarien, de collembole et de ver de terre, ainsi que sur l’activité microbienne.

L’enjeu est pourtant énorme car l’effet des pesticides ne s’arrête pas à la santé de ces animaux. Ces derniers sont essentiels pour assurer le fonctionnement de tout l’écosystème. Sans eux, les sols perdent leur vitalité. En décembre dernier, un rapport de l’ONU s’inquiétait d’ailleurs de ce problème et augurait un avenir «sombre». Les Nations-Unies suggéraient une réaction rapide et urgente pour arrêter le phénomène, compte tenu du fait que les sols ne se renouvellent qu’après des milliers d’années. La situation est notamment critique dans les pays en voie de développement, très agricoles mais où la législation sur les pesticides peut être plus laxiste. Les scientifiques estiment que près d’un quart de la biodiversité planétaire repose dans les sols.

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