La Boum 2 : « Il y avait tout à fait moyen que cela se passe bien »

En marge de l’événement, qui s’est soldé par 132 arrestations et a causé une trentaine de blessés, plusieurs vidéos d’interventions policières font polémique. Virginie Van Lierde a été aspergée de spray lacrymogène en plein visage. La cofondatrice du collectif « Trace ton cercle » témoigne.

©BELGAIMAGE-175894072/ le bois de la Cambre à Bruxelles, le 1er mai 2021.

Depuis quelques jours, certaines images tournent en boucle sur les réseaux sociaux. On peut y voir des interventions policières plus que musclées, en marge de « La Boum 2 », samedi au bois de la Cambre. Des vidéos « laissant entendre à des manquements de la part de certains policiers ayant pris part à l’encadrement de cet événement non autorisé », a indiqué la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles (PolBru) dans un communiqué. Deux interventions ont été particulièrement pointées du doigt, et ont du coup fait l’objet d’une enquête interne au sein de la zone.  Mais « suite aux éléments recueillis, nous ne pouvons pour l’heure que confirmer la légitimité des deux interventions épinglées sur les réseaux sociaux », a déclaré PolBru.

Dans la vidéo de l’une des deux interventions examinées par l’enquête interne, on peut observer Virginie Van Lierde recevoir, visiblement sans aucun avertissement préalable, une giclée de spray lacrymogène en plein visage.

Cette scène s’est déroulée vers 19 heures, dans une rue en lisière du bois de la Cambre, alors que la plupart des participants à la Boum 2 ont quitté les lieux. Virginie Van Lierde est cofondatrice du collectif « Trace ton cercle », un mouvement citoyen qui mène depuis quelques mois des actions pacifiques pour sensibiliser les autorités sur la situation des jeunes en ces temps de Covid. Avec son collectif, elle était à la Boum 2.

Après l’évacuation du bois par la police, elle décide de flâner dans le quartier. « Ça faisait 45 minutes que j’avais quitté le bois avec des amis, raconte Virginie Van Lierde. On était redevenu de simples passants, on avait été faire les vitrines, pas loin. J’étais redevenue une maman qui fait ses courses. En retournant à la voiture, à un croisement, il y a une bande de personnes qui sortent en hurlant du bois. Puis on a vu des policiers qui hurlent et qui commencent à tabasser quelqu’un. Moi bienveillante, je me suis dit : je vais essayer d’apaiser la situation. Je me suis approché d’un des policiers.

Apparemment, il y a d’abord eu un geste du policier vers moi. Je vous avoue que je ne m’en souviens pas, mais il y a plusieurs témoins qui me l’ont dit. Je pense que c’est juste après que la vidéo commence. Je me retourne vers le policier. J’avance vers lui en lui disant: ‘Mais je suis une mère !’ et à ce moment-là, il me gaze, alors que je n’étais pas du tout agressive ».

« C’était la guerre »

Dans son communiqué, la zone PolBru évoque une « manœuvre de refoulement d’un groupe d’individus agressifs n’ayant eu de cesse d’envoyer des projectiles de diverses natures à l’encontre des policiers ». Selon PolBru, dans l’action, un policier a été « pris à partie par six membres dudit groupe à qui il demandera à plusieurs reprises de garder leur distance, et à qui il verbalisera qu’à défaut il procèdera à l’usage de gaz lacrymogène dans le but d’assurer sa sécurité, relate le communiqué. « Seul, et ses injonctions n’ayant été suivies malgré leur caractère répétitif, il mettra à exécution sa menace face à l’attitude toujours agressive des particuliers. Il sera alors interpellé physiquement par une dame qui se trouve à proximité directe du groupe en question ( …) qui l’invective. La particulière refusant de reculer et continuant à avancer vers le policier qui lui a reculé afin d’assurer une distance de sécurité entre eux, il fera usage de gaz lacrymogène », explique PolBru.

Une version que réfute Virgine Van Lierde. « Je suis formelle, il n’y a eu aucun avertissement de la part du policier. Peut-être qu’il y a eu un avertissement auprès des personnes que la police pourchassait, mais pour moi, rien du tout. D’ailleurs vous voyez bien la tête du policier sur la vidéo : il est complètement hagard, pas capable de prononcer trois mots tellement il est épuisé. En tout cas ça été très rapide. Je persiste et signe : je me suis fait agresser par ce policier ».

Les Robocops de sortie

Après l’incident, Virginie Van Lierde met plusieurs minutes à retrouver ses esprits. « J’étais effondrée, je ne respirais plus. Les gens hurlaient autour de moi, c’était la guerre. Quand j’ai retrouvé mon souffle je me suis approché d’un combi de police pour obtenir le numéro de matricule du policier. Le chauffeur du véhicule a refusé de donner le matricule de son collègue. Du coup, je lui ai demandé son numéro de matricule à lui. Il m’a répondu : ‘madame, j’ai des choses beaucoup plus importantes à faire’. Puis il a voulu fermer la porte. Comme j’étais entre la porte et le combi et que je ne bougeais pas, il a pris son spray et il l’a pointé vers moi. Finalement, plus encore que l’agression quelques minutes avant, c’est ce dernier geste qui me choque le plus ».

Depuis, Virginie Van Lierde dit garder des séquelles « psychologiques », et ne plus dormir. « Heureusement que je portais des lunettes de soleil, sinon mes yeux auraient été brulés ». Son oreille, atteinte par le spray, reste encore « extrêmement douloureuse ». Elle constitue un dossier, en vue de porter plainte. « J’encourage toute personne qui a été victime de violences policières ce jour-là à porter plainte au comité P », ajoute-t-elle.

Plus largement, la cofondatrice de « Trace ton cercle » déplore la gestion policière et politique lors de la Boum 2. Avec le collectif, elle avait rencontré, dans les jours précédents l’événement, les autorités communales. « Nous leur avions indiqué que nous étions inquiets. Et nous avons offert notre aide, pour faire en sorte que les choses se passent bien. Je ne comprends pas comment on a pu laisser une trentaine de jeunes cagoulés au milieu du bois au milieu de citoyens pacifiques. C’est à partir de ce groupe que tout a dégénéré. Ces jeunes étaient facilement exfiltrables. Sur place j’ai discuté avec eux, puis j’ai été voir la police en leur expliquant qu’un groupe de jeunes allait effectivement poser problème. Le choix policier a été de laisser faire, avant de charger finalement. Et puis après l’évacuation, pourchasser les participants dans les rues, continuer de déployer les auto-pompes… Il y avait moyen d’intervenir autrement qu’en envoyant des policiers en tenue de Robocop. Là, c’était clairement de la répression policière. »

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