Les électeurs européens de plus en plus à droite

Une enquête montre comment l’opinion publique s’est progressivement repositionnée à droite dans tous les grands pays européens.

Dépouillement des bulletins de vote à Lorient, en Bretagne, en juin 2020 @BelgaImage

La droite européenne est-elle prête à dominer le continent? Pas sûr, mais elle peut compter sur un gros potentiel d’électeurs. C’est la conclusion du sondage Opinion Way (relayé par le think thank Fondapol), réalisé auprès de 7.603 personnes dans quatre États: France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni. En moyenne, 39% des électeurs de ces pays-là se positionnent eux-mêmes à droite, contre 27% à gauche et 20% au centre. Autrement dit, à moins que gauche et centre s’entendent, c’est la droite qui est bien placée pour diriger. Évidemment, il y a des nuances entre les électeurs de tel ou tel État mais globalement, les partis conservateurs ont le vent en poupe, à plus d’un titre.

La droite championne en Italie

Parmi les quatre pays étudiés, les électeurs qui s’estiment le plus à droite sont les Italiens. Ils sont 44% à choisir ce camp politique et même 8% à se définir comme «très à droite», un record dans ce sondage. Suivent ensuite les Britanniques (40% à droite, dont 5% très à droite), les Français (respectivement 38% et 7%) et les Allemands (36% et 4%).

Dans aucun de ces États, la gauche ou le centre ne rivalise. Preuve que l’Italie est le pays le plus polarisé: la gauche obtient là aussi son meilleur score (31% des électeurs italiens, dont 8% très à gauche, encore une fois un record). Ailleurs, la gauche est préférée par 24-26% des électeurs. Quant au centre, c’est assez éclaté. Il est surtout plébiscité en Allemagne (29%) et reste plutôt faible ailleurs: 19% au Royaume-Uni, 17% en France et seulement 13% en Italie. Enfin, les Français se distinguent par leur haut pourcentage d’électeurs qui ne savent pas se placer sur l’échiquier politique (21%), au contraire des Allemands (9%).

Une droite à la fois jeune et ancienne

Le sondage permet aussi de savoir qui sont plus exactement ces électeurs de droite. Dans ces quatre pays, ce sont les jeunes et les séniors qui sont les moteurs de ce camp politique. La droite est choisie par 41% des 18-24 ans, tout comme les 25-34 ans, alors que les 65 ans et plus sont 40% à faire de même. Chez les 50-64 ans, ce pourcentage tombe à 36%. D’un point de vue socio-économique, la droite est surtout plébiscitée par les cadres (48%) et les artisans commerçants et chefs d’entreprise (47%). C’est aussi chez eux que le centre est le plus faible. Mais quel que soit le métier, la droite est majoritaire: 41% pour les professions intermédiaires, 39% chez les ouvriers et 34% chez les employés. Les électeurs de gauche et indécis sont les plus nombreux chez les employés.

L’enquête montre également le glissement de l’électorat au fil du temps grâce aux données recueillies dans un pays, la France. Là-bas, 33% des électeurs se déclaraient de droite en 2017, contre 38% aujourd’hui. Cette augmentation ne peut pas être expliquée que par une déconfiture de la gauche française, puisque les électeurs de ce camp politique sont presque toujours aussi nombreux (25% en 2017, 24% en 2021). Par contre, le centre a perdu des plumes, passant de 20% à 17%.

La peur de l’autre

Qu’est-ce qui motive ce basculement? A priori, la crainte de l’étranger joue un grand rôle. 81% des Français de droite craignent par exemple l’islam (contre 45% à gauche). Les électeurs RN (extrême-droite) et LR (droite conservatrice) sont respectivement 93% et 90% à vouloir une France plus fermée sur l’extérieur. Une opinion bien moins partagée dans les autres partis (entre 41% et 48%) mais qui reste malgré tout majoritaire, même à gauche donc.

Dans les trois autres pays, on retrouve le même phénomène. Certains sont plus tolérants envers les migrants (comme les écologistes français et allemands), mais leurs électeurs adoptent toujours majoritairement la position inverse. Seul un parti fait figure d’exception, avec des partisans plus ouverts sur l’extérieur: ceux du parti démocrate italien. Ils sont 46% à vouloir que leur pays soit plus ouvert (contre 29% pour le contraire). Une position totalement inverse à celle de la droite italienne (Forza Italia, Lega et Fratelli d’Italia), très majoritairement contre cette idée. Encore une fois le symptôme d’une Italie très divisée politiquement parlant.

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