Une « boum » qui fait pschitt

La « boum 2 » qui devait, pour certains, sonner la révolte d’une jeunesse sevrée de liberté aura finalement accouché d’une bagarre arrosée à l’Autopompe…

La Boum 2 - Gauthier De Bock

Ce samedi vers 16 heures au Bois de la Cambre l’ambiance hésitait. Pas vraiment festive. Pas vraiment militante. Pas vraiment « 1er mai ». Quelques milliers de personnes. Chacun s’essaye à donner son interprétation du « Grand Soir ». Un groupe de musiciens pas très jeunes joue, pas très bien, l’incontournable classique « Imagine » de John Lennon. « Alors qu’est-ce que vous voulez chanter, maintenant, Maxime le Forestier, une Maison bleue ? » déclenchant une absence totale de réaction, on s’en va plus loin, un peu gêné par le flop des joueurs de guitares sèches.

La première impression est souvent la bonne. Cette foule hétéroclite ne sait pas vraiment pourquoi elle est là. Pas pour danser. Pas pour chanter. Aucun slogan. Des revendications disparates. Le seul vague dénominateur commun est un mot scandé de façon confuse par quelques personnes « Liberté, liberté !». Une évidence s’impose. Les personnes ne sont pas venues pour pleurer leur « liberté chérie », aujourd’hui disparue. Pas assez de conviction dans les voix. Par contre, lorsqu’une escouade d’une demie douzaine de policiers remonte, pacifiquement, la pelouse, une partie de la foule crie plus fort « liberté !» à leur encontre.

Bois de la Cambre

Et puis un gobelet, puis des bouteilles fusent. Et des GSM sortent des poches. En découdre ou voir d’autres en découdre. Sous des airs de faux Woodstock, c’est de ça dont il s’agit. Se faire peur, faire le plein de sensations fortes et pour certains, se donner l’impression de vivre un « moment historique ». On verra au moins cinq personnes offrir une rose, le regard humide et le sourire triste, à un policier dans la pose d’une des plus célèbres photos du monde : « la jeune fille à la fleur » de Marc Riboud. Une femme crie à l’adresse des Forces de l’ordre : « On se bat aussi pour vos enfants ». Un homme apostrophe « Tout acte arbitraire et attentatoire aux libertés et aux droits garantis par la Constitution, ordonné ou exécuté par agent de l’autorité ou de la force publique, sera puni d’un emprisonnement de quinze jours à un an ».

Pressé par la foule qui a décidé de se mettre devant les autopompes, l’homme enfourche son vélo et s’en va précipitamment sans attendre de commentaire sur l’article 151 du Code Pénal qu’il vient de déclamer. La tension se focalise sur les engins qui de toute évidence s’apprêtent à arroser la foule. Qui est loin d’être homogène. Une bagarre éclate, en son sein, entre une dizaine de personnes. L’équipage du camion à eau décide d’intervenir pour calmer les esprits. Ce qui déclenche une bousculade. Un homme d’une bonne cinquantaine d’années – était-ce un des joueurs de guitare – tombe à la renverse et s’assomme. Un jeune à la coiffure rasta crie « Ils ont tué un homme, ils ont tué un homme ! ». Une femme échevelée, le regard fou harangue les policiers « Mais, vous n’êtes bons qu’à ça !? ». L’homme par terre ouvre les yeux. « Parle-t-on de moi ? ».

L'homme assomé

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