Le roi du porno MindGeek (Pornhub) enchaîne les scandales

La multinationale est accusée de monétiser des vidéos pédopornographiques et de violences diverses. L’affaire a depuis pris une tournure politique et ébranle tout le Canada.

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Comment en est-on arrivé là? C’est la question aujourd’hui posée au gouvernement canadien. En décembre dernier, le New York Times révèle que le très populaire site Pornhub, détenu par l’entreprise MindGeek basée à Montréal et Luxembourg, diffuse des vidéos rémunérées qui n’auraient rien à y faire. La liste est longue: viols d’enfants, Revenge Porn, racisme et misogynie, sans compter les nombreuses femmes qui ont vu des images d’elles nues finir en ligne sans leur consentement… Depuis, des enquêtes ont dévoilé le fonctionnement opaque de MindGeek, qui détient aussi le site YouPorn. À Ottawa, le gouvernement promet depuis des mois de réagir avec un projet de loi, mais les députés ne voient toujours rien venir. Le ministre de la Justice s’est même révélé ce mois-ci dans l’incapacité de dire si MindGeek était une entreprise canadienne ou non. De quoi désespérer les victimes dont les plaintes ne cessent de s’accumuler.

Des vidéos extrêmement difficiles à retirer

Dans la presse canadienne, les exemples des dérives de MindGeek affluent. C’est encore le cas ce lundi dans le journal La Presse avec l’histoire d’une certaine Catherine (prénom d’emprunt). Victime d’exploitation sexuelle lorsqu’elle était adolescente, elle a vu des vidéos intimes d’elle finir sur Pornhub sans son consentement. Pour elle, c’est la descente aux enfers. La police intervient mais affirme que le retrait des images a nécessité un travail «ardu». MindGeek assure avoir réagi rapidement, mais les policiers parlent d’un mois d’acharnement pour y arriver. «Je ne sais pas si Catherine aurait réussi à les faire supprimer par elle-même», avoue à La Presse un des policiers en charge de l’affaire.

Le cas de Catherine ne constitue toutefois qu’un exemple parmi tant d’autres. Depuis la révélation du New York Times, MindGeek a supprimé des millions de vidéos et s’emploie à redorer son image avec des mesures de déontologie. Trop tard? En janvier, une procédure en action collective au Canada réclame l’équivalent de 400 millions d’euros. En mars, une centaine de victimes et plus de 500 ONG demandent le lancement d’une enquête criminelle.

Des dirigeants polémiques

Quelques jours plus tard, toujours en mars, La Presse révèle l’enregistrement d’un des dirigeants de l’entreprise qui affirmait en 2018 que MindGeek «n’était pas une société canadienne» et n’était donc pas soumise à la loi canadienne sur la pornographie juvénile. Tollé général au pays de l’érable! Il faut dire que MindGeek joue avec les règles en ayant son siège principal à Montréal et son siège social au Luxembourg. C’est d’ailleurs ce qui lui permet d’avoir obtenu des aides financières québécoises et canadiennes. L’affaire tourne donc au casse-tête pour l’exécutif canadien.

Mais ce n’est pas tout. Fondé par l’Allemand Fabian Thylmann, MindGeek est aujourd’hui dirigée par le mystérieux Feras Antoon, un homme qui ne répond jamais aux médias. Cette semaine, son nom apparaît pourtant partout au Canada. Son manoir ultra-chic de la banlieue de Montréal, construit sur un terrain boisé protégé, a totalement brûlé dans un incendie, a priori d’origine criminelle. Cette propriété était le symbole de la richesse des détenteurs de cette société qui rapporterait «plus d’un milliard de dollars canadiens» selon plusieurs sources, un chiffre non confirmé par la multinationale. Encore plus énigmatique: le principal actionnaire est selon le Financial Times un certain Bernard Bergemar. Qui est-il? Personne ne semble en mesure de le dire.

Et maintenant?

Pendant ce temps, Pornhub a vu sa fréquentation fondre à vue d’œil: 21% de visites mensuelles en moins en janvier, un mois après l’éclatement du scandale. Une chute incroyable pour celui qui était en 2019 le 11e site le plus visité au monde. Les autres plateformes de MindGeek, YouPorn et RedTube, ont subi le même sort.

Les députés canadiens ont aujourd’hui bien l’intention que MindGeek rende des comptes aux victimes. «Actuellement, c’est le Far West», dénonce l’un de ceux qui veulent l’ouverture d’une enquête criminelle. La procédure est en cours et la décision doit encore être rendue. L’exécutif a de son côté promis à nouveau l’arrivée d’une loi pour assurer la transparence des sites du genre.

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