« La médecine de demain se construit aujourd’hui »

Sur fond de tensions avec les hôpitaux, les médecins en cours de spécialisation exigent de meilleures conditions de travail.

Le torchon brûle entre les médecins assistants et les hôpitaux. - AFP

« Prendriez-vous l’avion avec un pilote qui vient de faire une semaine de 80h avec 2 nuits blanches ? » C’est ainsi qu’interpellent les médecins spécialistes en formation sur leurs conditions de travail, dangereuses pour eux-mêmes et leurs patients.

Après sept ans d’étude, ces jeunes diplômés ont décidé d’entreprendre une spécialisation de plusieurs années durant lesquelles ils travaillent à l’hôpital, mais restent étudiants puisqu’ils sont encore en formation. Un statut particulier pour ces médecins assistants candidats spécialistes, appelés aussi MACS, qui permet certains abus, notamment en ce qui concerne leurs horaires.

Selon les chiffres du Cimacs, le comité interuniversitaire qui les représentent, seuls 15% de ces jeunes médecins prestent au maximum 48 heures par semaine en moyenne, comme le stipule la loi. Et pour cause : il existe un contrat de travail annexe – l’opting-out – qui augmente le temps de travail hebdomadaire moyen à 60 heures. Mais là encore, ce maximum n’est pas respecté. De nombreux médecins assistants travaillent jusqu’à 100 heures par semaine. Nuits blanches inclues. « Ils enchaînent parfois 36 heures d’affilée sans période de repos », dénonce l’organisation.

Un nouvel affront

Et la nouvelle proposition de « contrat » des fédérations hospitalières ne risque pas d’améliorer leurs conditions de travail. Au programme : pas de rémunération des gardes, pas de contrôle des horaires, pas d’heures supplémentaires rémunérées avant 60h/semaine sur une moyenne de 13 semaines, pas de protection sociale avec passage sur la mutuelle dès le premier jour en cas de maladie, diminution des congés et peut-être même du salaire…  

« C’est un affront de plus envers les médecins en formation », dénonce le Dr Jean-Michel Mot, porte-parole du Cimacs, pour qui ce contrat reprend tout ce qui existe de pire sur le terrain. « On va vers une perte de droits sociaux pour les assistants et on va se retrouver dans un système peu respectueux des assistants et des patients. »

#Médecinpaslarbin

Dans le contexte sanitaire actuel, on peut s’étonner d’un tel manque de considération des médecins assistants. Il s’inscrit pourtant dans le cadre d’un système qui, depuis de nombreuses années, prône la rentabilité avant l’humain, et dans lequel les candidats spécialistes ne sont qu’une main d’œuvre bon marché et corvéable à merci.

Le système de santé belge est malade, et ce sont les patients, les citoyens, qui en seront les premières victimes, déplore le Cimacs. Ce mépris du bien-être du personnel hospitalier, même en période de crise sanitaire, aura également des conséquences sur les prochaines générations de médecins. Soumis à une pression monstre et souvent livrés à eux-mêmes, un médecin spécialiste en formation sur trois songe déjà à abandonner. Une proportion qui a doublé depuis le début de la pandémie.

C’en est trop. « On ne peut pas laisser passer cela : ni pour nous, ni pour les générations futures, ni pour la qualité des soins aux patients », martèle le Dr Mot, dans La Libre. Ce lundi, le Cimacs a publié une pétition, réclamant de meilleures conditions de travail pour les médecins en cours de spécialisation. En moins de 24 heures, celle-ci a déjà récolté près de 10.000 signatures. « La médecine de demain se construit aujourd’hui », peut-on lire sur l’illustration. Une campagne de sensibilisation a été lancée sur Twitter, sous le hashtag #médecinpaslarbin, tandis qu’une action devant les hôpitaux est prévue ce jeudi 29 avril.

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