5 choses à savoir sur le scandale Let’s Go Urban

L'affaire passionne le nord du pays depuis début février, tant elle a bouleversé le monde politique anversois.

Sihame El Kaouakibi

La Wallonie est peut-être la championne des affaires politico-financières de Belgique, mais elle n’est pas la seule. En Flandre aussi, des élus sont dans la tourmente. Depuis plusieurs semaines, un scandale aux multiples rebondissements attire particulièrement l’attention médiatique, impliquant notamment une association à succès, une élue modèle et même Bart De Wever.

D’une success story à un scandale politique

C’est l’ASBL Let’s Go Urban qui est au centre de la tempête. Fondée en 2009 par l’entrepreneure devenue députée flamande Sihame El Kaouakibi, cette association anversoise offre aux jeunes issus de milieux défavorisés la possibilité d’exprimer leurs talents dans différents domaines artistiques, sportifs et multimédia.

Au fil du temps, ce projet est devenu un exemple en Flandre de lutte contre les inégalités sociales, attirant ainsi tous les regards et d’importants subsides à de nombreux niveaux politiques : de la part de la ville d’Anvers, de la province anversoise, de la police anversoise, de la Région flamande et du gouvernement fédéral.

Mais depuis plusieurs semaines, Let’s Go Urban fait l’objet d’une enquête pour malversations financières.

Sihame El Kaouakibi au cœur de la tourmente

Depuis le début de cette affaire, révélée en février après un audit indépendant, Sihame El Kaouakibi est sous le feu des critiques. Grâce à son travail, reconnu au plus haut niveau de l’Etat, l’Anversoise d’origine marocaine était devenue le symbole de l’intégration et de la diversité, à tel point que les partis politiques la courtisaient. La jeune trentenaire a finalement porté son choix sur l’Open Vld, qui a déboursé plusieurs dizaines de milliers d’euros pour l’embarquer à ses côtés lors des régionales de 2019.

Deux ans après son entrée au parlement flamand, les libéraux ont décidé de l’écarter de leurs rangs. L’élue, qui siège désormais comme indépendante, est tombée de son socle.

De lourdes accusations

L’affaire démarre lorsque trois administrateurs de son ASBL démissionnent, dénonçant une comptabilité opaque. Selon un audit indépendant, un montant de 350.000 euros aurait disparu des caisses. Mais, petit à petit, les accusations se sont multipliées. Au total, l’ex-libérale aurait détourné au moins un million d’euros de subsides. Parmi ces derniers et les dons dont ont bénéficié ses associations, on note : 3,4 millions d’euros de la Ville d’Anvers, 200.000 euros de l’ancien ministre de l’Intérieur Jan Jambon dans le cadre du Plan Canal à Molenbeek, 320.000 euros du gouvernement flamand et 475.000 euros de la part de différentes grandes sociétés privées. Cependant, on ne sait pas où se trouve cet argent. Dans l’immobilier et l’aménagement de son domicile privé, selon certaines accusations.

Défendue par un socialiste

Sihame El Kaouakibi réfute ces accusations. Mercredi, son avocat Johan Vande Lanotte, ancien président du sp.a, a publié un contre-rapport, dénonçant la condamnation publique de sa cliente. S’il pointe une comptabilité désastreuse de l’ASBL, il assure qu’aucune aucune indication permet d’établir des irrégularités dans l’utilisation de ses subsides, ou encore un enrichissement personnel de l’élue flamande.

Johan Vanden Lanotte

En choisissant un socialiste pour la défendre, l’Anversoise a créé la surprise. Beaucoup estiment que la démarche est plutôt judicieuse, notamment pour montrer une certaine impartialité. D’autres y voient, au contraire, un premier pas vers l’autre bord politique.

Bart De Wever éclaboussé

Dernier rebondissement : le journal De Standaard a pointé ce lundi la part de responsabilité de Bart De Wever dans ce scandale. Celui qui avait promis d’éplucher chaque facture aurait donné 1,2 million d’euros à Sihame El Kaouakibi en toute discrétion.

Dans une lettre datant du 8 juin 2018, la future élue libérale a demandé à la ville d’Anvers de l’argent pour pouvoir mettre en place des projets ambitieux, dont la construction d’un nouveau bâtiment pour son ASBL. Si le bourgmestre d’Anvers n’a pas répondu explicitement à sa demande, le collège échevinal anversois a néanmoins doublé, quatre mois plus tard, le budget d’investissement pour la construction du Urban Center, passant de 1,2 million d’euros à 2,4 millions d’euros. Une augmentation consentie sans décision séparée du collège – ce qui est inhabituel – et apparue soudainement dans le nouveau budget pluriannuel.

Après ces révélations, la Ville d’Anvers a mis fin à sa collaboration avec Let’s Go Urban. La convention actuelle est résiliée avec effet immédiat et la reconnaissance de l’association à but non lucratif comme partenaire professionnel d’animation socio-éducative est retirée, indique le collège des bourgmestre et échevins. Ce dernier a également décidé de se constituer partie civile dans le cadre de l’enquête judiciaire.

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