Joe Biden reconnaît le génocide arménien, une première historique

Les prédécesseurs du Démocrate avaient toujours évité d’aller aussi loin pour ne pas irriter la Turquie, une alliée stratégique au sein de l’Otan.

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C’était une promesse de campagne : le président des États-Unis a fini par reconnaître le génocide arménien. Dans une déclaration solennelle, Joe Biden a admis samedi que les massacres et déportations des populations arméniennes, commis par les Ottomans durant la première guerre mondiale, relevaient du génocide. « Chaque année en ce jour, nous nous souvenons de la vie de tous ceux qui sont morts lors du génocide arménien de l’ère ottomane et nous nous engageons à nouveau à empêcher qu’une telle atrocité ne se reproduise », a déclaré le Démocrate dans un communiqué. « Renouvelons notre résolution commune d’empêcher que de futures atrocités ne se produisent partout dans le monde. Et poursuivons la guérison et la réconciliation pour tous les peuples du monde. Le peuple américain honore tous ces Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a cent six ans aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Jusqu’alors, les présidents américains avaient toujours pris soin d’éviter une reconnaissance formelle, afin de ménager l’allié turc, un partenaire stratégique aux portes du Moyen-Orient. En 1981, Ronald Reagan avait certes évoqué le « génocide des Arméniens », mais il ne s’agissait que d’une simple incise dans un discours consacré à la commémoration des camps de concentration nazis. Et si Barack Obama avait bel et bien reconnu le génocide dans des déclarations de campagne, il ne l’a jamais fait en tant que locataire du Bureau ovale, manquant même une occasion historique, en 2015, à l’occasion du centenaire des massacres.

Une trentaine de pays, dont la Belgique, ont officiellement reconnu le génocide, qui a fait plus de 1,5 millions de victimes. N’ayant pas été reconnu par un tribunal international, le génocide arménien reste chez nous hors du champ de la loi. Sa négation ne peut donc pas être poursuivie pénalement, contrairement à la Shoah ou au génocide rwandais.

Coup de pression géopolitique ?

Côté arménien, on a salué la décision de Joe Biden, une « mesure très forte envers la justice et la vérité historique » et qui offre un « soutien inestimable aux descendants des victimes du génocide arménien », a jugé le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. « Personne ne profite du fait que les débats – qui devraient être tenus par des historiens – soient politisés par des tiers et deviennent un instrument d’ingérence dans notre pays », a quant à lui réagi le président turc, Recep Tayyip Erdogan, après la déclaration historique de son homologue américain.

Celle-ci intervient dans un contexte de refroidissement des relations américano-turques, la mésentente entre les deux hommes étant notoire. Pour certains observateurs, le geste de Joe Biden tient autant de la volonté de renouer avec de plus hauts standards moraux après quatre ans de présidence Trump, que du coup de pression. NBC voit par exemple dans la Turquie un allié moins fidèle que par le passé au Moyen-Orient, qui se fournit en systèmes d’armement auprès de la Russie et n’hésite plus à régulièrement dévier de la ligne américaine concernant le conflit syrien.

Montrant les muscles, Ankara a en retour convoqué l’ambassadeur américain en Turquie. Le vice-ministre turc des affaires étrangères, Sedat Önal, a indiqué à l’ambassadeur David Satterfield que la déclaration de Joe Biden n’avait aucune base juridique et qu’Ankara « la rejetait, la trouvait inacceptable et la condamnait dans les termes les plus forts ». Il a ajouté que cette déclaration avait causé une « blessure dans les relations qui sera[it] difficile à réparer ». Les présidents américains et turcs ont convenu de se rencontrer en juin à Bruxelles, en marge du sommet de l’Otan.

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