Thomas Pesquet le cosmoschtroumpf

Trois, deux, un, zéro. Le plus médiatique des astronautes est en route vers la Station spatiale internationale. Un nouveau voyage extraordinaire de six mois qu’il partagera par tous les moyens de communication avec la planète terre. 

@ Belgaimage

Quel enfant n’a jamais espéré marcher dans les pas de Dirk Frimout pour devenir un jour astronaute? Sauf que pour la plupart, le rêve est rapidement plombé par les lois de la gravité. Ils sont peu nombreux ceux qui détiennent les capacités nécessaires pour réellement décrocher le privilège de vivre en apesanteur. Thomas Pesquet, lui, n’a jamais perdu l’envie d’aller tutoyer les étoiles. Il décroche son ticket d’accès en 2009, le jour où il est sélectionné parmi plus de 8.000 candidats par l’Agence spatiale européenne. La résultante de plusieurs semaines de tests ahurissants, tant sur le plan mental que physique, qu’il aura passés avec brio. Il est d’ailleurs devenu, à 38 ans, le plus jeune spationaute européen à se rendre dans l’espace en s’envoyant en l’air à bord du vaisseau Soyouz MS-03 à destination de la Station spatiale internationale (ISS). Il a passé plus de six mois à bord de cet immense laboratoire de la taille d’un terrain de football, placé en orbite à 400 km autour de la Terre, où il a cohabité avec cinq autres personnes. L’astronaute est revenu de cette mission avec des étoiles plein les yeux, et c’est peu de le dire, mais aussi avec des dizaines de clichés de la Terre vue du ciel.

Une trajectoire qui n’a rien de linéaire et qui contient son lot d’embûches. Ce parcours, Marion Montaigne le raconte dans une épaisse et passionnante BD de 200 pages sortie en 2017, quelques mois après le retour de l’astronaute. Une aventure passionnante  a (re)découvrir en famille pendant que le cosmoschtroumpf est tout là-haut.  “Elle a un talent pour voir le ridicule dans absolument tout”, explique d’ailleurs Thomas Pesquet. Et il n’a pas tort. “J’ai essayé, et j’essaie toujours, de parler de manière sincère de cette mission, mettant le doigt sur des choses qui prêtent à rire. Il y a plein de moments drôles. Lorsque pour une expérience vous êtes pendu par les pieds au plafond avec un casque de réalité virtuelle sur la tête, c’est un peu ridicule.” L’auteure a embarqué en mission avec lui après les phases de sélection pour détailler l’entraînement de ce fils d’enseignants. Entre le rutilant centre de la Nasa à Houston au Texas et la Cité des Étoiles à Baïkonour au Kazakhstan, Thomas Pesquet suit un entraînement intense. Il communique également avec elle depuis l’espace pour lui raconter son quotidien, dévoiler l’indescriptible grâce aux dessins. N’est pas spationaute qui veut.

Un métier hallucinant

En plus d’être en parfait état de santé, pour devenir astronaute il faut allier un haut niveau scientifique, être doué en maths comme en physique, avoir un petit côté Meccano, parler russe et anglais, mais également bénéficier d’un tempérament calme et ouvert. Thomas Pesquet, lui, parle six langues. Il est ceinture noire de judo, mais aussi alpiniste, parachutiste, plongeur et saxophoniste. À la lecture de son C.V., ce pilote et ingénieur aéronautique, diplômé en 2001 de l’école Supaéro de Toulouse, pourrait presque passer pour un surhomme. Mais le Normand, qui assure toujours le service après-vente de sa mission avant de repartir à l’entraînement, avait l’envie de dévoiler l’envers du décor de ce métier si mystérieux, descendre d’une marche du piédestal sur lequel on l’a positionné depuis son retour sur Terre. “Pour moi, il était important de montrer cette dimension moins prestigieuse. Nous ne sommes pas faits uniquement de l’étoffe des héros, nous sommes aussi des gens normaux. Cette bande dessinée m’a réconcilié avec moi-même.” C’est qu’il est également très bon communicant, en plus d’être bien entouré. À son retour sur Terre, on lui a fait une prise de sang. Pour éviter la moindre inquiétude, on lui demande de cacher sa main pansée au grand public. On occulte également son départ en chaise roulante. Lui qui a passé six mois dans l’espace est affaibli, et c’est logique, mais on ne montre pas un héros en chaise roulante. Thomas Pesquet a bien compris l’impact de l’image et le pouvoir des réseaux sociaux, comme le prouve son compte Instagram. Il insiste toutefois sur l’évolution du rôle de l’astronaute depuis les années 60. “Nous sommes cent fois plus ouverts que ce qu’étaient les astronautes lors de la mission Apollo. Ça a fait rêver à l’époque parce que l’histoire de la conquête de la Lune était belle, mais elle était extrêmement glacée. Même si les gars étaient plus ou moins divorcés dans la vie réelle, on leur demandait de poser avec leur épouse pour offrir un parfait portrait de famille dans Life.” Mais les choses ont changé désormais. “On n’a pas eu tellement de secrets lors de la mission que j’ai effectuée. J’ai montré énormément de choses, notamment les coulisses de la station. J’essaie toujours de répondre aux questions de la manière la plus franche. Mais je comprends la position de l’Agence et la manière de communiquer. Ils ne veulent pas qu’on soit vus comme des rigolos, nous ne le sommes pas. On peut être sérieux dans ce que l’on fait sans pour autant se prendre au sérieux. C’est ce que j’essaie de faire chaque jour.

Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur son compte Instagram, où il publie tant des photos de sa vie “normale” que des clichés de la Terre vue de l’ISS, témoignant de la beauté comme de la dégradation de notre planète bleue. Depuis son retour, il se démène ainsi pour sensibiliser le grand public à l’importance de la sauvegarde de l’environnement. Il explique que de là-haut, on observe les glaciers en train de fondre en Amérique du Sud, les villes s’embrumer d’un nuage de pollution, les forêts souffrir de leur éventration. Son rêve? Pourquoi pas être l’un des premiers à fouler le sol de Mars.

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne Dargaud, 208 p.
 

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