Métiers essentiels: applaudis puis honnis

Des soignants et des commerçants ont été insultés, voire agressés. En cause, tout simplement les règles sanitaires. Aujourd’hui, ils font valoir leur ras-le-bol.

Une représentation artistique pour remercier les soignants, les commerçants et les autres métiers essentiels @BelgaImage

Ce mardi, un employé du Colruyt de Saint-Trond a été victime d’une agression qui a choqué tout le personnel du magasin. Un client, frustré par la désinfection de son caddie, a poussé le chariot sur lui puis a attendu des heures qu’il finisse sa journée de travail. Il a ensuite jeté des pierres sur sa voiture et lui a donné un coup de poing au visage. Ce jeudi, tout le personnel du magasin a fait une grève de deux minutes en signe de protestation.

Cet incident aurait pu être anecdotique mais selon les commerçants, il est loin d’être un cas isolé. Un constat partagé par les soignants qui se disent aussi victimes d’insultes et de menaces, toujours en lien avec les mesures sanitaires. Pour ces métiers qui étaient applaudis tous les jours à 20h il y a un an, c’est le choc.

Plus de violence d’après plus de la moitié des vendeurs

À Saint-Trond, le personnel ne décolère pas. «Il arrive presque tous les jours que nous devions parler à un client du suivi des mesures corona, après quoi des réactions agressives suivent souvent. Nous en avons vraiment marre», fait-il savoir au travers de leurs représentants syndicaux. «Au début de la crise, nous étions presque des héros nationaux. Maintenant, nous sommes les personnes ennuyeuses qui doivent rappeler les règles toutes les dix minutes, et certaines personnes ne supportent pas cela», confie un vendeur du magasin, Michiel Gysemberg, à De Morgen.

«Un nombre croissant de cas d’agressions physiques et verbales est également observé dans d’autres magasins Colruyt», fait savoir le syndicat flamand ACV Puls. Ce dernier vient d’ailleurs de publier les résultats d’une enquête sur le sujet. Les résultats montrent que plus de la moitié des 21.000 vendeurs interrogés ont fait part d’une augmentation de l’agressivité des clients avec la crise sanitaire. Certains acheteurs refusent de porter le masque, d’autres parlementent pour éviter telle ou telle contrainte sanitaire. Quelques commerçants en viennent à renoncer au rappel des règles, de peur de représailles.

Pour soutenir le secteur, ACV Puls tente de sensibiliser la clientèle avec des dépliants. Est-ce que cela sera suffisant? Probablement pas. C’est d’ailleurs pour cela que le syndicat demande à Colryut d’engager une action civile pour assurer un meilleur suivi des incidents. «Le personnel du magasin a peur d’approcher les clients», s’inquiète Frank Convents, secrétaire syndical d’ACV Puls.

«La violence verbale est quotidienne»

Du côté des soignants, la situation n’est pas meilleure. À l’hôpital Epicura d’Hornu, ils ont été la cible d’insultes à répétition: «Salope, on t’aura au tournant», «Connasse, tu es insensible», «Personne incompréhensible»… Souvent, c’est un refus d’accès à l’hôpital pour cause de Covid-19 qui est à l’origine du conflit. Pour Alda Dalla Valle, infirmière en chef aux soins intensifs, la coupe est pleine. «Encore hier j’ai vu sur une vidéo Facebook quelqu’un qui se filmait et qui était mécontent du fait qu’on ait interdit une visite trop longue à une personne mourante. Cette personne proférait réellement des menaces à l’encontre de cette institution en disant qu’un jour il allait nous retrouver. C’est inacceptable», s’insurge-t-elle auprès de la RTBF. Parfois, les soignants sont même accusés de faire partie d’un complot. «Certaines personnes nient la crise qui perdure, nient le fait que les soins intensifs sont saturés, qu’on doive transférer des patients ailleurs. On nous dit: « Non, ce n’est pas possible, vous inventez »», se désole Alda Dalla Valle.

Dans d’autres établissements, même constat. «C’est quotidiennement de la violence verbale. Ça devient de plus en plus dur de gérer ce genre de patients ou ce genre d’accompagnants. Minimum une fois par semaine, on appelle la police en renfort parce qu’on n’arrive pas à gérer la situation nous-mêmes, même avec les agents de sécurité. J’ai des collègues qui ont été agressés physiquement et qui n’ont pas été bien pendant quelques mois», confie une soignante du CHR de Namur à RTL Info. «On a récemment vécu l’agression d’une technicienne de surface. Elle a simplement dit à une personne qu’elle était dans la mauvaise file et cette dame lui a donné un coup de pied», ajoute un agent de gardiennage du CHU de Charleroi.

Pour endiguer cette violence envers les soignants, des initiatives ont vu le jour. C’est par exemple le cas au CHR Sambre-et-Meuse où le personnel a lancé un campagne de communication. Désormais, tout acte de violence au sein de l’hôpital fera l’objet de poursuites judiciaires. Au CHU de Charleroi, des capsules vidéos seront diffusées en ligne pour sensibiliser le public, dans l’espoir que cela provoquera une prise de conscience.

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