Répression des Ouïghours : le silence assourdissant du PTB

Prisonnier de son ombre chinoise, le PTB refuse de condamner les violences envers la minorité ouïghoure dans la région du Xinjiang.

Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles condamne les violences envers les Ouïghours, le PTB s'abstient. - BELGA

Le sort des Ouïghours inquiète la communauté internationale, jusqu’à s’immiscer dans la politique belge. Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé mercredi soir une résolution condamnant « fermement les pratiques inacceptables » du gouvernement chinois envers cette minorité musulmane représentant la moitié des 25 millions de personnes vivant au Xinjiang, région autonome du nord-ouest de la Chine. Seul le PTB s’est abstenu.

Ce refus de prendre position est peu surprenant. Ces derniers mois, plusieurs motions de soutien à cette communauté persécutée ont été adoptées, notamment au parlement européen mais aussi lors de conseils communaux de certaines villes. Et à chaque fois, le parti d’extrême gauche s’est tu.

Un silence complice

La situation est pourtant préoccupante, et catastrophique pour les droits humains. Dans la région du Xinjiang, des centaines de milliers de Ouïghours sont ou ont été internés dans des camps dans des conditions abominables, torturés, stérilisés ou encore soumis à du travail forcé. Des millions d’autres musulmans sont maintenus sous surveillance renforcée et intrusive, jusqu’au cœur des familles. Cette violente répression orchestrée par le Parti communiste chinois, sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, n’a d’abord rencontré que l’indifférence de la communauté internationale. Mais celle-ci sort peu à peu de son silence et de sa passivité.  

Une manifestation en soutien aux Ouïghours, à Bruxelles, en 2018.

Une manifestation en soutien aux Ouïghours, à Bruxelles, en 2018. – BELGA

Fin mars, l’Union européenne a imposé des sanctions ciblées – interdictions de visas et gels d’avoirs – contre des responsables locaux accusés de « graves atteintes aux droits de l’homme » envers les Ouïghours dans le Xinjiang. Un premier pas important. Mais, dans le même temps, les pays européens multiplient les accords commerciaux juteux avec la Chine.

En Belgique, une proposition de résolution, portée par le député Ecolo Samuel Cogolati début février, demande au gouvernement fédéral de « reconnaître le crime de génocide »  contre cette minorité. L’entrave aux naissances d’un groupe ethnique étant en effet l’un des cinq critères d’un génocide. Cette dénonciation des atteintes aux droits humains a d’ailleurs valu à l’écologiste d’être sanctionné par la Chine. Et là encore, le PTB a refusé de condamner le régime communiste.

Position pro-chinoise ou anti-américaine ?

Si le parti de Raoul Hedebouw se dit préoccupé par le sort des Ouïghours, il justifie son abstention par l’opacité qui régnerait autour des sources, dénonçant ainsi « l’instrumentalisation des Etats-Unis et de leurs alliés ». « Notre abstention ne vise pas à défendre la Chine », assurait récemment le travailliste liégeois dans La Libre, mais plutôt à éviter « une nouvelle guerre froide ». Les publications de certains membres du PTB, pointées par le Vif, supposent pourtant le contraire.

Raoul Hedebouw

Raoul Hedebouw. – BELGA

Le sort des Ouïghours n’est pourtant pas le seul sujet ciblant des communistes à propos duquel le parti a préféré s’abstenir. En février, ce dernier n’a pas soutenu une résolution au parlement wallon demandant la libération de la journaliste chinoise Zhang Zhan, qui avait diffusé des informations sur les débuts de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan. En juin, le parti était à nouveau le seul, avec la N-VA, à ne pas condamner au Sénat « la pratique continue du prélèvement forcé d’organes en République populaire de Chine sur des prisonniers d’opinion ». Même isolement à propos d’une résolution à la Chambre visant à augmenter l’apport financier de la Belgique pour gérer la situation humanitaire dans la région d’Idlib en Syrie, où la guerre faisait rage entre les forces turques et celles du régime de Damas, soutenues par Moscou.

L’explication est toujours la même : condamner l’ingérence étrangère, sans jamais prononcer des déclarations pro-chinoises, pro-russes ou pro-Assad. Pour ses opposants, c’est la preuve que le renouveau du PTB n’est qu’une façade avec, derrière, un double discours et une indignation à géométrie variable.

Un impact timide

Alors que le parti d’extrême gauche progresse dans les intentions de vote tant en Wallonie qu’à Bruxelles, et particulièrement chez les jeunes, les autres partis démocratiques, le PS au premier plan, tentent de jouer sur ce soutien à la dictature chinoise pour mettre leur opposant en difficulté. Les positions peu glorieuses du PTB sont-elles pour autant une menace ? Peut-être pas assez grande, puisque ces questions internationales sont probablement trop éloignées des préoccupations de son électorat.

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