Climat : derrière les déclarations d’intention, le vent…

Malgré le « Pacte vert » et des objectifs rehaussés, en matière climatique et environnementale l'Europe est à la traîne et la Belgique à la ramasse.

Belga

Avec le sommet climatique organisé par Joe Biden – en vue de préparer la COP 26 qui se déroulera à Glasgow en novembre – il est de bon ton, pour tous ses participants, de se montrer plus vert que vert.

Ainsi, chacun y va de ses déclarations de bonnes intentions : le Canada a annoncé qu’il allait réduire émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005, l’Union européenne a augmenté ses objectifs à une réduction de 55% d’ici par rapport à 1990, le Royaume-Uni de 78% d’ici à 2035 ! Qui dit mieux ? On attend avec impatience les annonces de Joe Biden pour le grand retour des Etats-Unis dans le combat contre le réchauffement climatique…

Mais derrière ces déclarations de bonnes intentions, qu’y a-t-il ? Si on parle de mesures concrètes pour faire face aux défis climatiques, les choses sont beaucoup moins glorieuses… A tel point que le véritable champion des énergies vertes est aussi le plus gros pollueur au monde. A savoir la Chine.

Le « Pacte vert » européen, un champ de batailles

Avec son « Pacte vert », l’Union européenne se veut la leader de la transition écologique. Mais il y a un problème : ce n’est pas la Commission qui décide des politiques à mettre en oeuvre pour atteindre les objectifs, mais bien les Etats membres. En somme, Ursula von der Leyen a beau clamer haut et fort les ambitions européennes, elle n’a pas le pouvoir de les mettre en oeuvre.

Ainsi, chaque point du « Green deal » européen est l’objet de luttes acharnées au sein du Parlement européen et des Etats membres. Des luttes entre Etats, entre partis (ou groupes de partis) politiques et entre politiques, ONG environnementales et industriels dont les lobbies sont particulièrement actifs.

Exemple tout récent avec la déclaration commune d’augmenter la réduction des GES à 55% d’ici à 2030. Le Parlement militait pour une réduction de 60%. L’Allemagne ne voulait pas dépasser les 55%. Des calculs ont eu lieu, des négociations sous le tapis, des chipotages sur les virgules, les bons mots et les notes de bas de page pour réussir à une déclaration commune avant le début du sommet.

Par ailleurs, dans la future « loi climat » qui doit sceller cet accord, il y a encore du chantier. Par exemple sur la définition de ce qu’est une énergie verte. Le nucléaire et le gaz naturel peuvent-ils être considérés comme des énergies vertes ? C’est un débat qui est toujours sur la table : la France refusant de tourner le dos au nucléaire, les Européens de l’Est faisant de même avec le gaz naturel, on a remis toutes ces questions à plus tard. Tout comme celle de l’agriculture intensive.

Bref, le « Pacte vert » européen, loin d’être tangible, n’est toujours qu’une idée, tout au plus un objectif à atteindre, et surtout un champ de batailles politiques et économiques dont les armes ne sont pas près de se taire.

La Belgique à la ramasse

Si la Commission donne l’impulsion, si le Parlement scelle les ambitions, c’est aux Etats-membres à se bouger pour les respecter. Et là, ce n’est pas Byzance… Il y a trois semaines, la Belgique s’est ainsi vue décerner un carton rouge de la part de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) concernant ses performances environnementales.

Concernant la transition écologique, il y a plusieurs chantiers : la transition énergétique, la transition industrielle, l’agriculture et la mobilité auxquelles il faut ajouter la protection de la biodiversité. La Belgique n’a atteint ses objectifs pour 2020 dans aucun de ces domaines. Et elle est très mal partie pour ses objectifs de 2030.

Concernant la biodiversité, l’objectif pour 2030 est de protéger 10% du territoire national. On en est à 2% en Flandre et à Bruxelles et 1% en Wallonie. Quant à la faune et la flore, les chiffres sont sans appel : 30% des poissons d’eau douce et des oiseaux et 20% des plantes et mammifères sont menacés chez nous. En cause, pollution de l’air et pollution des eaux qui ne baisse qu’au compte-goutte.

Entre autres manquements, l’OCDE pointe la fiscalité environnementale (pollueur payeur) qui est à peine utilisée en Belgique. Et pour cause, l’avantage fiscal lié aux voitures de société reste un phénomène belgo-belge particulièrement développé. Le coût ? 3,75 milliards d’euros de pertes de recettes par an. L’OCDE demande l’arrêt de ces avantages fiscaux tout en pointant un manque de coordination, de coopération et de vision commune entre les trois régions du pays.

Smart Move à l’arrêt

Ce dernier point se retrouve dans le plan de mobilité bruxellois Smart Move et sa fameuse taxe kilométrique dont aucune des deux autres régions ne veut entendre parler. Pour rappel, le plan Smart Move vise une réduction de l’usage de la voiture de 24% (et 34% du trafic de transit) d’ici à 2030 en région bruxelloise. Un plan qui vise à désengorger Bruxelles et dont la taxe kilométrique n’est qu’un aspect (bien qu’important). Car les embouteillages dans la capitale, en plus de polluer et d’être désagréables pour tout le monde, coûtent de l’argent : entre 4,2 et 8,4 milliards d’euros par an, selon la FEB.

Bref, personne n’est d’accord sur la manière. Et la taxe kilométrique est un point de tension réel entre les deux régions et Bruxelles. Quant à l’aspect politique de la négociation. Il se dit, dans les couloirs de la Région bruxelloise qui porte le projet, que le plan Smart Move et sa taxe kilométrique, si justifiés soient-ils, sont « politiquement trop risqués » pour être mis en oeuvre. Qu’on se rassure, tout cela n’empêchera pas la Belgique et ses représentants de faire des  déclarations de bonnes intentions au sommet pour le climat de Joe Biden.

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