Vaccin Johnson&Johnson : la Belgique temporise

L’Agence européenne des médicaments a tranché : comme pour AstraZeneca, la formation de thromboses est un effet secondaire très rare du vaccin Johnson&Johnson. Que faire des 5 millions de doses commandées par la Belgique ? Le Conseil supérieur de la santé doit encore se prononcer.

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Après les retards des Pfizer&co et les déboires de AstraZeneca, le vaccin de l’américain Johnson&Johnson était très attendu en Belgique. Technologie reconnue, facilité de conservation et surtout, injection en une dose unique (permettant de faire appel aux médecins généralistes) : sur le papier, « le » Johnson&Johnson présentait plusieurs caractéristiques promettant de donner un bon coup de boost à la campagne de vaccination. Avec cinq millions de doses commandées, il était l’un des principaux piliers de la stratégie belge.

Mais voilà : ces dernières semaines, les dispositifs de pharmacovigilance alertaient sur des cas de caillots sanguins inhabituels apparus après l’injection du vaccin. Après deux semaines d’analyse, l’agence européenne des médicaments (EMA) a finalement tranché. Oui, comme pour AstraZeneca, il existe un « lien possible » entre le vaccin Johnson&Johnson et de très rares cas de thromboses, associées à un niveau très bas de plaquettes dans le sang. Sur plus de sept millions de personnes vaccinées aux États-Unis, l’EMA a en effet recensé 8 cas (dont 1 mortel). Les patients concernés avaient tous moins de 60 ans, et étaient majoritairement des femmes. Même si ce profil est a priori similaire à celui des patients touchés suite à l’injection du vaccin AstraZeneca, il est encore trop tôt pour dire si c’est la technologie commune aux deux vaccins (vaccins à vecteurs viraux) qui pose problème.

Vu le très (très) faible nombre de cas recensés, l’EMA continue de recommander l’usage du vaccin J&J, estimant que la balance bénéfices/risques reste favorable. Jusqu’ici interrompues, les livraisons du fabricant américain vers l’Europe vont donc reprendre. C’est maintenant aux États de décider de la suite.

Cibler les publics moins accessibles

Comme avec AstraZeneca, la Belgique choisira-t-elle de ne plus administrer le Johnson&Johnson aux moins de 56 ans ? Pour trancher, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a requis l’avis du Conseil supérieur de la santé, ainsi que celui de la task force vaccination. Avis qui devrait tomber d’ici à vendredi soir, au plus tard. D’ici là, les 36.000 doses réceptionnées chez nous resteront au frigo.

À court terme, restreindre potentiellement l’injection du vaccin à certaines tranches d’âge ne devraient donc pas vraiment retarder la campagne de vaccination. D’autant que, comme le rappelait Sabine Stordeur (responsable de la task force vaccination) dans les colonnes du Soir, 1,3 million de doses Pfizer, initialement prévues pour la fin 2021, seront réceptionnées au second trimestre. Vu que la vaccination est censée s’ouvrir progressivement aux publics plus jeunes, ces livraisons en avance sont une bonne nouvelle (attendons toutefois d’avoir réceptionné les doses, chat échaudé…).

Mais une restriction appliquée au vaccin J&J pourrait toutefois poser davantage de problèmes sur le plan logistique. « Les Régions comptent sur ce vaccin qui a le gros avantage de ne nécessiter qu’une seule dose pour cibler des publics plus difficiles comme les grabataires ainsi que les personnes précarisées et mobiles comme les sans-abri ou les transmigrants », expliquait au Soir Sabine Stordeur.

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